On rapporte, de la part de plusieurs, qu’il était un vagabond (shâṭir) au début de sa vie. La cause de son repentir fut qu’il trouva un morceau de papier portant le Nom de Dieu (– Exalté soit-Il –) dans le four d’un hammam. Il ramassa ce papier, leva son regard vers le ciel et s’exclama : « Ô mon Maître ! Ton Nom est ici jeté à terre !» Puis il se rendit chez un parfumeur, acheta pour un dirham une essence précieuse (ghâliya), en parfuma le papier et le déposa en un lieu où il ne pouvait être atteint. Alors Dieu vivifia son cœur, l’inspira de la bonne direction, et il devint celui que l’on connaît par son dévouement dans l’adoration et l’ascèse.
Parmi ses paroles, on cite : « Celui qui aime ce bas monde, qu’il se prépare à l’humiliation. » Il avait l’habitude de manger son pain seul. Quelqu’un lui demanda : « Avec quoi le manges-tu ? » Il répondit : « Je me souviens de la santé et j’en fais mon assaisonnement. » Il ne portait pas de chaussures et marchait pieds nus. Un jour, il frappa à une porte ; on lui demanda : « Qui est-ce ? » Il répondit : « Bichr le Pieds-Nus. » Une servante commenta : « N’a-t-il pas trouvé deux daniq (pièces de monnaie) pour s’acheter des sandales et ne plus porter ce nom ? »
On raconte que s’il renonça aux chaussures, c’est parce qu’il alla un jour chez un cordonnier pour demander la bride d’une sandale. Celui-ci lui reprocha : « Que de tracas vous imposez aux gens ! » Alors Bichr jeta la sandale qu’il tenait, retira l’autre de son pied, et jura de ne plus jamais chausser de sandales.
Ibn Khallikân rapporte que Bichr mourut un jour de ‘Âshûrâ, tandis que d’autres disent qu’il mourut durant le mois de Ramaḍân, à Bagdad ou à Marw. Pour ma part, je crois juste qu’il décéda à Bagdad cette année-là. Certains optent pour l’an 226, mais la première version est la plus fiable, Dieu sait mieux.
Lors de sa mort, tous les habitants de Bagdad, sans exception, se réunirent à ses funérailles. Sorti après la prière de l’aube, il ne fut mis en terre qu’après la prière de la nuit. ‘Alî ibn al-Madînî et d’autres maîtres du ḥadîth crièrent alors à pleine voix : « Par Dieu, voici l’honneur de ce monde avant celui de l’Au-delà. » On rapporte également que les jinn se lamentèrent sur lui dans la demeure qu’il habitait. Quelqu’un raconta l’avoir vu en songe : il lui demanda : « Comment Dieu t’a-t-Il traité ? » Bichr répondit : « Il m’a pardonné, ainsi qu’à tous ceux qui ont assisté à mes funérailles et à tous ceux qui m’ont aimé jusqu’au Jour de la Résurrection. »