Lorsque l’armée du calife se dispersa, ses compagnons s’éloignèrent de lui, et l’émir de la troupe, Rajā’ ibn Ayyūb, le porta jusqu’à l’amener devant al-Muʿtaṣim. Ce dernier le blâma pour son retard, mais il s’excusa en expliquant qu’il était accompagné de cent mille hommes, voire davantage, et qu’il avait dû ruser pour parvenir à ses fins. Al-Muʿtaṣim le remercia pour cela. (1)
[Son histoire a été relatée en détail par l’historien Ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir dans sa biographie, dans l’ouvrage sur les kunās] (2)
[Annonce du décès d’al-Muʿtaṣim]
Le jeudi, alors que deux heures s’étaient déjà écoulées, le dix-huitième jour de Rabīʿ al-Awwal de cette année-là, s’éteignit Abū Isḥāq Muḥammad al-Muʿtaṣim ibn Hārūn al-Rashīd ibn al-Mahdī ibn al-Manṣūr.
Voici la biographie du calife al-Muʿtaṣim (3) : Il s’agit du commandeur des Croyants, Abū Isḥāq Muḥammad al-Muʿtaṣim, fils du commandeur des Croyants Hārūn al-Rashīd, fils du commandeur des Croyants Muḥammad, fils du commandeur des Croyants Abū Jaʿfar ʿAbd Allāh al-Manṣūr, fils de Muḥammad, fils de ʿAlī, fils de ʿAbd Allāh, fils d’al-ʿAbbās.
On l’appelait « al-Muthamman » (le huitième) pour plusieurs raisons : il était le huitième enfant issu de la descendance d’al-ʿAbbās ; il était aussi le huitième calife de cette lignée ; il accomplit huit grandes conquêtes — le pays de Bābak, par l’intermédiaire d’al-Afshīn, ʿAmmūriyya par ses soins, la répression des Zuṭṭ menée par ʿUjayf, la mer de Baṣra, la forteresse d’al-Ajraf, la pacification des Arabes de Diyār Rabīʿa, al-Shārik, et enfin l’Égypte après sa rébellion. D’autres disent qu’il vainquit huit ennemis : Bābak, Māzyār, Yāṭā le Romain, al-Afshīn, le chef des zindīqs, ʿUjayf, Qārin, et le dirigeant des Râfiḍites. (4)
Par ailleurs, il gouverna durant huit ans, huit mois et huit jours — certains parlent de deux jours de plus. Il serait né en l’an 180 de l’hégire, au mois de Shaʿbān, le huitième mois de l’année ; il mourut à l’âge de quarante-huit ans (5) ; il laissa derrière lui huit fils et huit filles ; il fit son entrée à Bagdad depuis la Syrie alors qu’il était calife, au tout début du mois de Ramaḍān de l’an 218, après que huit mois se furent écoulés dans l’année, à la suite du décès de son frère al-Maʾmūn à Ṭarṭūs, comme nous l’avons mentionné.
On rapporte également qu’il était illettré et ne savait pas écrire. La raison en serait la suivante : il se rendait à l’école accompagné d’un esclave, lequel mourut. Il dit alors à son père : « Untel est mort et en est quitte de l’école. » Son père, Hārūn al-Rashīd, lui répondit : « Dans ce cas, n’y retourne plus. »