« Je ne suis pas sur ta doctrine, ô mon père ! » Il lui répondit : « Par Dieu, j’ai eu commerce avec ta mère avant même de l’acheter, c’est de là que tout vient. » (1)
Le juge Ibn Khalikan (2) rapporta ensuite que le fils du défunt vit en songe, après la mort de son père, un visiteur venir à lui et lui dire : « Réponds à l’émir ! » Il poursuit : « Je me levai donc pour l’accompagner, et il me fit entrer dans une demeure lugubre et sauvage, aux murs noirs, aux plafonds et portes fermés. Il me fit monter par un escalier puis pénétrer dans une pièce dont les murs portaient les traces du feu, et le sol celles de la suie. C’est alors que j’y trouvai mon père, nu, la tête posée entre ses genoux. Il me dit, comme pour s’enquérir : “Doulaf ?” Je répondis : “Doulaf.” Il se mit alors à réciter :
« Transmets à nos proches et ne leur cache rien
De ce que nous subissons dans le Barzakh étouffant ;
Car nous sommes interrogés sur chacun de nos actes,
Ayez donc pitié de ma solitude et de ce que j’endure. »
Ensuite, il me dit : « As-tu compris ? » Je répondis : « Oui ! » Il récita alors :
« Si, lorsque nous mourions, nous étions laissés en paix,
La mort serait alors le repos de toute créature du vivant.
Mais lorsque nous mourons, nous ressuscitons,
Puis nous sommes interrogés sur toute chose. »
Il dit encore : « As-tu compris ? » Je répondis : « Oui. » Puis je me réveillai.
[Ensuite vint l’an 227]
Cette année-là, un homme de la région d’Al-Ghawr, en Syrie, du nom d’Abou Harb al-Mubarraq al-Yamani, se souleva, rompit son allégeance, et appela à sa propre autorité. [On l’appela le Sufyani] (3). Son soulèvement eut pour origine qu’un soldat voulut s’installer chez lui en son absence, et la femme d’Abou Harb s’y opposa. Le soldat la frappa au poignet, lui laissant une marque. À son retour, Abou Harb, informé de la situation, se rendit auprès du soldat, qui ne se méfiait pas, et le frappa à mort. Il se retrancha alors dans les sommets rocheux, le visage voilé, et si quelqu’un venait à lui, il l’appelait à ordonner le bien et interdire le mal, en critiquant le pouvoir établi. Nombre de paysans et d’autres gens se rallièrent à lui. Ils disaient : « C’est lui le Sufyani dont on dit qu’il régnera sur la Syrie. » Son mouvement gagna beaucoup d’ampleur, à tel point qu’il rallia près de cent mille combattants. Le calife al-Muʿtasim, alors même qu’il était sur son lit de mort, envoya contre lui une armée d’environ mille soldats.
Lorsque l’émir arriva, il trouva une foule massive réunie autour d’al-Mubarraq. Il craignit de l’affronter dans ces conditions et attendit l’époque des semailles ; la plupart des gens se retirèrent alors dans leurs terres, ne laissant qu’un petit groupe autour de lui. L’émir l’attaqua donc et le captura.