En cette même année, Mankajur, un proche parent d’al-Afshin se trouvant en terre d’Azerbaïdjan, se souleva et rompit son allégeance. En effet, al-Afshin l’avait nommé gouverneur des provinces d’Azerbaïdjan dès qu’il eut terminé son affaire avec Babak. Mankajur mit la main sur un trésor considérable qui appartenait à Babak dans l’une de ces régions et le garda pour lui, le dissimulant au calife. Or, un homme du nom de ‘Abd Allâh ibn ‘Abd al-Rahmân découvrit ce complot et en informa le calife. Mankajur écrivit alors au calife pour démentir cette accusation et projeta de tuer ‘Abd Allâh, mais les habitants d’Ardabîl s’y opposèrent. Quand le calife eut la preuve du mensonge de Mankajur, il dépêcha Bughâ al-Kabîr pour l’affronter. Celui-ci le combattit, lui accorda la sauvegarde, puis l’emmena auprès du calife.
Cette même année mourut Yâṭs ar-Rûmî, qui exerçait l’autorité sur ‘Ammûriyya lorsque al-Mu‘taṣim la conquit. Il était alors descendu de sa forteresse sur la foi du jugement d’al-Mu‘taṣim qui l’emmena captif et l’enferma à Sâmarra jusqu’à son décès au cours de cette année.
[Et au mois de Ramaḍân de cette même année mourut] Ibrâhîm ibn al-Mahdî ibn al-Manṣûr, oncle du calife, aussi connu sous le nom d’Ibn Shakla (1). Il était de couleur sombre, grand de taille, éloquent et instruit. Ibn Mâkûlâ (2) rapporte qu’on l’appelait aussi “le dragon” en raison de sa carnation. Al-Ḥâfiẓ Ibn ‘Asâkir lui consacre une longue notice dans son “Târîkh” (3), où il précise qu’Ibrâhîm exerça le gouvernement de Damas pour son frère, Hârûn al-Rachîd, durant deux ans, puis perdit ce poste avant d’y être nommé de nouveau pendant quatre ans. Il y fit preuve d’une grande rectitude et d’une ferme autorité, et il dirigea le pèlerinage en l’an 184 avant de revenir à Damas.
Au début du califat d’al-Ma’mûn, vers l’an 202, les habitants de Bagdad prêtèrent allégeance à Ibrâhîm, comme nous l’avons déjà mentionné. Il livra alors bataille à al-Ḥasan ibn Sahl, gouverneur de Bagdad, et le vainquit. Mais lorsque Ḥumayd al-Ṭûsî l’attaqua à son tour, Ibrâhîm fut défait et dut se cacher à Bagdad après l’arrivée d’al-Ma’mûn, restant ainsi dans la clandestinité une longue période. Finalement, en l’an 210, al-Ma’mûn eut l’avantage sur lui, mais il lui accorda son pardon et l’honora.
Ibrâhîm avait gouverné Bagdad et ses provinces durant un an, onze mois et douze jours [selon une autre version : un an, onze mois et dix-sept jours] (4). Il entra en clandestinité à la fin du mois de Dhû al-Ḥijja de l’an 203 et resta caché six ans, quatre mois et dix jours, avant finalement d’être découvert le treizième jour de Rabî‘ I de l’an 210. Durant cette période de clandestinité, il vécut des péripéties étonnantes dont le récit détaillé serait bien long à rapporter ici.