Les Byzantins avaient agi comme ils l’avaient fait puis s’étaient repliés(1) pour retourner dans leur pays. La situation était déjà allée trop loin et ne pouvait plus être rattrapée, si bien qu’ils revinrent vers le calife pour l’informer de ce qui s’était passé. Alors, il s’adressa aux émirs en demandant : « Quelles sont les places fortes les plus imprenables chez les Byzantins ? » Ils répondirent : « Il s’agit d’Ammouriya, qu’aucune armée n’a jamais attaquée depuis l’avènement de l’Islam. Elle est plus prestigieuse pour eux que Constantinople (2). »
Mention de la prise d’Ammouriya par al-Muʿtaṣim
Une fois qu’al-Muʿtaṣim se fut occupé de l’affaire de Bābak – qu’Allah le maudisse –, qu’il l’eût tué et conquis son territoire, il convoqua les armées à ses côtés et se prépara d’une manière dont nul avant lui ne s’était jamais équipé. Il emporta avec lui des machines de guerre, des provisions, des chameaux, des outres, des montures, du naphte, des chevaux et des mulets, en quantité telle qu’on n’en avait jamais entendu parler. Puis il se mit en route (3) à la tête d’armées aussi imposantes que des montagnes.
Il envoya l’Afshīn, Ḥaydar ibn Kāwūs (4) depuis la région de Sarūj, et le calife disposa ses troupes d’une façon inédite, plaçant à l’avant les émirs réputés pour leurs compétences et leur expérience de la guerre. Dans sa progression, il parvint au fleuve al-Liss (5), près de Ṭarsūs, au mois de Rajab de cette année bénie.
Le roi des Byzantins s’était aussi mis en marche à la tête de son armée pour affronter al-Muʿtaṣim. Les deux armées se rapprochèrent alors, jusqu’à ne plus être qu’à environ quatre parasanges l’une de l’autre. De son côté, l’Afshīn pénétra les terres byzantines par un autre côté [arrivant derrière le roi byzantin] (6). Celui-ci se trouva alors perplexe et dans l’embarras : s’il affrontait al-Muʿtaṣim de front, l’Afshīn arriverait derrière lui et l’anéantirait ; mais s’il se portait vers l’un en délaissant l’autre, l’autre viendrait ensuite l’attaquer par-derrière.
Lorsque l’Afshīn se rapprocha encore, le roi byzantin s’avança (7) avec une petite troupe pour l’affronter, confiant le commandement du reste de son armée à un de ses proches. La rencontre entre lui et l’Afshīn eut lieu le jeudi, cinq jours avant la fin de Shaʿbān de cette même année. L’Afshīn tint bon dans un second temps, tuant de nombreux Byzantins et en blessant d’autres. Cependant, le roi byzantin parvint en partie à s’imposer, jusqu’à ce qu’il apprenne que le reste de ses forces s’étaient dispersées, abandonnant son proche, et s’étaient enfuies. Il revint donc précipitamment en arrière, pour finalement constater la débâcle de son armée. Pris de colère, il fit mettre à mort ce parent en lui tranchant la tête.
L’information parvint dans son intégralité à al-Muʿtaṣim, qui s’en réjouit beaucoup. Il monta aussitôt à cheval et partit vers Anqara (Ankara), où l’Afshīn arriva également, accompagné de ses troupes. Ils trouvèrent la ville désertée par ses habitants, qui s’étaient dispersés ailleurs ; les soldats purent donc s’approvisionner sur place en vivres et en fourrage.