Il y eut jadis, chez la tribu ‘Udhrah, une suprématie qu’Al-Afchîn, l’étalon de l’Orient, renversa par l’épée (1). Il la laissa telle que, désormais, les renards y hurlent au milieu, alors qu’on la voyait hier semblable à un repaire. Sur elle, il tomba des crânes de ses habitants (2) comme une averse dont les gouttes étaient têtes tranchées et plaies béantes. Auparavant (3), dans la violence des combats, elle était un vaste désert pendant dix ans, et la voilà devenue, par cette action, un lieu ruiné.
Au cours de cette année-là – l’an deux cent vingt-trois (de l’Hégire) –, le roi des Byzantins, Tûfîl ibn Mikhâ’îl (qu’Allah le maudisse), infligea aux habitants musulmans de Malatya (4) et de ses alentours un massacre terrible : il en tua un grand nombre et fit prisonniers d’innombrables otages. Parmi ces captifs, on dénombra mille femmes musulmanes. Il mutila ceux de ses prisonniers musulmans en leur coupant les oreilles et le nez, et en leur crevant les yeux – qu’Allah le défigure (5).
La cause de cela fut que Bâbak (qu’Allah le maudisse), lorsque la ville d’al-Badh fut assiégée et que les troupes serrèrent les rangs autour de lui, écrivit au roi des Byzantins en ces termes (6) : « Le roi des Arabes a lancé contre moi l’essentiel de ses armées, et il ne reste plus personne pour défendre les confins de son territoire. Si tu convoites le butin, hâte-toi donc de marcher sur les régions voisines de son pays et empare-t’en, car tu ne trouveras personne qui t’en empêche. »
C’est alors que Tûfîl (qu’Allah le maudisse) partit avec cent mille hommes. À ceux-ci se joignirent les « muhammara », qui s’étaient déjà rebellés dans les montagnes. Isḥâq ibn Ibrâhîm ibn Muṣ‘ab les combattit, mais sans pouvoir l’emporter, car ils s’étaient fortifiés dans ces montagnes. Puis, lorsque le roi byzantin arriva, ils se rallièrent à lui contre les musulmans, de sorte qu’ils parvinrent jusqu’à Zibatra, où ils massacrèrent de nombreux hommes et firent prisonnières nombre de femmes. La nouvelle parvint au calife al-Mu‘taṣim, qui en fut profondément troublé : il poussa un cri d’alarme dans son palais et se leva aussitôt pour ordonner la mobilisation des armées. Il convoqua le cadi et les notables vertueux et déclara devant eux que le tiers de ses biens fonciers serait consacré à Dieu (7), un autre tiers à sa descendance et le troisième à ses affranchis (8). Il quitta Bagdad et établit son camp à l’ouest du Tigre, un lundi, alors que deux nuits s’étaient écoulées du mois de Jumâdâ al-Oulâ. Il envoya devant lui ‘Ujayf et un groupe d’émirs, accompagnés (9) d’une foule de soldats pour secourir les habitants de Zibatra. Ils avancèrent à marche forcée et trouvèrent le roi