Je t’ai envoyé plein de nostalgie et tu as obtenu d’elle un regard, tandis que tu m’as négligé au point que j’ai fini par concevoir de mauvais soupçons à ton égard.
Tu as confié tes sentiments à celle que j’aime et tu as ainsi été rapproché d’elle ; puissé-je savoir quel avantage tu as tiré de cette proximité !
Tu as longuement contemplé la beauté de son visage, et tu as comblé ton oreille du plaisir de sa mélodie.
Je remarque une marque sur la rondeur de ta joue qui n’existait pas auparavant ; tes yeux ont bel et bien volé à sa beauté une part de son éclat.
Lorsque Al-Ma’mûn introduisit les innovations qu’il introduisit en matière de chiisme et d’« iʿtizâl » (doctrine muʿtazilite), Bishr al-Marîsî — alors maître d’Al-Ma’mûn — s’en réjouit. Il composa ces vers :
« Notre Ma’mûn, notre seigneur, a énoncé
une parole dont l’Écriture atteste la vérité :
Oui, ‘Alî, c’est-à-dire Abû al-Ḥasan,
surpasse tous ceux que transportent des montures,
après le Prophète de la bonne direction.
De plus, nos actes nous appartiennent
et le Coran est créé. »
Alors un poète appartenant aux gens de la Sunna lui répondit :
« Ô gens ! Il n’est ni parole ni œuvre recevable
pour celui qui prétend que la Parole de Dieu est créée.
Abû Bakr ni ‘Umar ne l’ont dit,
ni le Prophète ; le véridique n’en a pas fait mention.
Personne n’a proféré cela, si ce n’est l’innovateur :
aux yeux de Dieu, il est un impie.
C’est à dessein qu’il a voulu anéantir votre religion,
car la leur, par Dieu, est déjà vouée à périr.
Peuple, l’esprit de votre calife
se retrouve, matin et soir, entravé dans des chaînes. »
Bishr réclama alors d’Al-Ma’mûn qu’il ordonne d’arrêter l’auteur de ces vers pour le châtier. Al-Ma’mûn répondit : « Malheur à toi ! S’il était juriste, je l’aurais puni, mais ce n’est qu’un poète ; je ne m’en soucierai donc pas. »
Plus tard, lorsque Al-Ma’mûn se prépara pour l’expédition au cours de son dernier voyage vers Tarsous, il convoqua une servante qu’il aimait