Ma marchandise est inférieure à mon ambition… et mon ambition est inférieure à ma fortune ;
Le sel et l’ashnān, ô mon seigneur, sont le meilleur présent que puisse offrir quelqu’un de ma condition.
On raconte alors qu’al-Ḥasan b. Sahl se rendit auprès d’al-Maʾmūn muni de ces deux offrandes, ce qui plut au calife. Ce dernier ordonna que les deux besaces fussent vidées, puis remplies de dinars, et qu’on les remît à ce lettré.
Il naquit à al-Maʾmūn un fils, nommé Jaʿfar. Les gens allèrent le féliciter de diverses manières. L’un des poètes entra (1) et lui adressa ces vers pour le féliciter de la naissance de son fils :
« Que Dieu prolonge ta vie pour que tu voies ce fils devenir aïeul.
Tu seras sauvé et l’on priera pour son salut comme on prie pour le tien,
Comme s’il était toi-même lorsqu’il paraîtra,
Il te ressemblera par la taille et la stature,
Revêtu de sa propre gloire et honoré de celle-ci. » (2)
On raconte ensuite qu’al-Maʾmūn ordonna de lui verser dix mille dirhams.
Alors qu’il se trouvait à Damas, une somme considérable lui parvint, après qu’il avait subi la faillite. Il s’en plaignit à son frère al-Muʿtaṣim. De Khurāsān affluèrent alors des trésors représentant trente millions de dirhams. Il sortit pour les inspecter, alors que l’on avait orné les chameaux et les chargements, et il était accompagné du cadi Yaḥyā b. Aktham. Quand le cortège entra en ville, il dit : « Il ne convient pas, par bienséance, que nous nous accaparions toute cette richesse sous les yeux de la population. » Il en distribua aussitôt vingt-quatre millions de dirhams, le pied encore à l’étrier, sans même descendre de cheval (3).
Parmi ses vers délicats (4), on rapporte :
« Ma langue garde jalousement vos secrets,
mais mes larmes, poignantes, dévoilent ce que je tais.
Si mes larmes n’existaient pas, je pourrais cacher mon amour,
Et si ce n’était l’amour, je n’aurais pas de larmes. »
Une nuit, il envoya un serviteur quérir une esclave. Mais celui-ci s’attarda (5), et la jeune femme refusa de venir tant que le calife ne viendrait pas lui-même la chercher. Alors al-Maʾmūn composa (6) :