Nous avons rapporté qu’il provient de l’Émir des croyants, ʿAlî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), qu’il déclara : « Qu’on ne m’apporte personne qui m’ait préféré à Abû Bakr et ʿUmar, sans que je ne le frappe de la peine que mérite le calomniateur. » Il est également transmis de manière récurrente qu’il a dit : « Les meilleurs hommes après le Messager d’Allah (que la prière et la paix soient sur lui) sont Abû Bakr, puis ʿUmar, puis ʿUthmân. » (1)
Ainsi, al-Ma’mûn ibn ar-Rachîd, par sa doctrine, s’est opposé à tous les Compagnons, y compris ʿAlî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée). Il a cumulé à son innovation – par laquelle il a rabaissé les Émigrés (al-Muhâjirîn) et les Auxiliaires (al-Ansâr) et les a contredits – une autre innovation, la plus grande des calamités : il a affirmé que le Coran était créé. Il y a ajouté sa propension à consommer des boissons enivrantes, et d’autres actes pour lesquels on ne saurait blâmer ceux qui s’y opposent.
Toutefois, il était doué d’une bravoure exceptionnelle, d’une force considérable, et faisait preuve d’un grand courage dans le combat, dans le siège des ennemis et face aux Byzantins, qu’il cerna dans leurs contrées, dont il tua les cavaliers et captura femmes et enfants. Il disait : « [Muʿâwiya fut soutenu par ʿAmr], ʿAbd al-Malik par al-Hajjâj, quant à moi, je me suffis à moi-même. » (2)
Il visait la justice et rendait lui-même des jugements parmi les gens. Un jour, une femme faible se présenta à lui pour se plaindre de son fils al-ʿAbbâs, qui se tenait debout près de lui. Al-Ma’mûn ordonna au garde de le faire asseoir, face à elle, devant lui. Elle l’accusa de s’être emparé de son domaine et de l’avoir accaparé. Ils discutèrent un moment, et la voix de la femme s’éleva au-dessus de celle d’al-ʿAbbâs. Quelqu’un parmi ceux qui assistaient à la scène la réprimanda, mais al-Ma’mûn l’interrompit en disant : « Tais-toi ! Car c’est la vérité qui lui donne de la voix et c’est le faux qui fait taire l’autre. » Puis il trancha en faveur de la femme et imposa à son fils de lui verser dix mille dirhams (3).
Il écrivit à certains gouverneurs : « Il n’est pas digne de la chevalerie que tes récipients soient en or et en argent, tandis que ton débiteur est démuni et que ton voisin jeûne par manque de nourriture. » (4)
Alors qu’un homme se tenait devant al-Ma’mûn, celui-ci lui dit : « Par Allah, je te tuerai ! » Il répondit : « Ô Commandeur des croyants, prends patience avec moi, car la douceur est la moitié du pardon. » Al-Ma’mûn déclara : « Malheur à toi ! J’ai pourtant juré de te tuer ! » L’homme continua : « Ô Commandeur des croyants, il est préférable que tu rencontres Allah (qu’Il soit exalté) en ayant rompu ton serment plutôt que de Le rencontrer en meurtrier. » Al-Ma’mûn lui accorda donc sa grâce (5).
Il disait encore : « Si seulement les fauteurs savaient quelle est ma position sur le pardon, afin qu’ils ne craignent plus d’être punis et que la joie gagne leur cœur. » (6)