« Une seule, et c’est toi ? » Elle répondit : « Oui, ô Commandeur des Croyants. » Il dit alors : « Aux deux filles reviennent les deux tiers, soit quatre cents dinars ; à la mère, le sixième, cent dinars ; à l’épouse, le huitième, soixante-quinze dinars. Il reste donc vingt-cinq dinars : à chaque frère, deux dinars [ديناران] (1), et à toi, un dinar. » Les gens s’émerveillèrent de son intelligence [et de la vivacité de son esprit] (2) et de la rapidité de sa réponse. Il est rapporté que cette anecdote est attribuée à ‘Alî ibn Abî Tâlib.
Un jour, un poète se présenta auprès d’al-Ma’mûn, ayant composé à son sujet un vers qu’il estimait remarquable. Lorsqu’il le lui récita, le vers ne l’impressionna guère, et il quitta donc l’assemblée. Sur le chemin, il rencontra un autre poète qui lui demanda : « N’est-ce pas étonnant ? J’ai récité ce vers à al-Ma’mûn et il n’y a prêté aucune attention. » L’autre lui dit alors : « Quel est ce vers ? » Il répondit : « J’ai dit à propos d’al-Ma’mûn (3) :
“Où l’Imam de la guide, al-Ma’mûn, est absorbé…
par la religion, tandis que les gens s’occupent des choses de ce bas monde.”
Le second poète répliqua : « Tu n’as fait que le dépeindre en vieille femme dans son oratoire. Ne valait-il pas mieux dire, comme Jarîr à propos de ‘Abd al-‘Azîz ibn al-Walîd (4) :
“Il ne néglige pas sa part des affaires d’ici-bas…
ni ne se laisse distraire de la religion par les biens de ce monde” ? »
Un jour, al-Ma’mûn déclara à quelques-uns de ses compagnons : « Il existe deux vers de deux poètes que personne n’a jamais pu égaler. Le premier est d’Abû Nuwâs (5) :
“Quand un homme avisé met ce monde à l’épreuve,
il s’y révèle un ennemi sous les habits d’un ami,”
et le second est de Shurayh (6) :
“Blâmer ce monde ne lui coûte guère,
car celui qui le blâme s’efforce de le réformer.” »
Al-Ma’mûn (7) raconta encore : « Un jour, au milieu de la foule qui me pressait alors que j’étais en cortège, je me retrouvai mêlé au marché (8), où je vis un homme… »