Après cela, il transmit la succession à ʿAlî ar-Riḍā fils de Mūsā al-Kāẓim fils de Jaʿfar aṣ-Ṣādiq fils de Muḥammad al-Bāqir fils de ʿAlî Zayn al-ʿĀbidīn fils de al-Ḥusayn le martyr, fils de ʿAlî ibn Abī Ṭālib. Il ôta la tenue noire et revêtit la tenue verte, comme nous l’avons déjà mentionné (1). Les Abbassides de Bagdad et d’autres jugèrent cela extrêmement grave, ils déposèrent al-Maʾmūn et établirent à leur tête Ibrāhīm ibn al-Mahdī, comme cité auparavant. Puis al-Maʾmūn finit par les soumettre, rétablit son autorité sur le califat, et ce fut après le décès de ʿAlî ar-Riḍā à Ṭūs. Il gracia son oncle Ibrāhīm ibn al-Mahdī, comme nous l’avons déjà exposé en son lieu (2).
Quant à son inclination pour la doctrine muʿtazilite, il rencontra plusieurs personnes, parmi lesquelles Bishr ibn Ghiyāth al-Marīsī, de qui il adopta cette croyance jugée erronée. Il aimait la science, mais n’avait pas une perspicacité suffisamment profonde en la matière. Il se retrouva donc sensible à l’influence de ces concepts et le faux y trouva un terrain favorable. Il y appela les gens et les y contraignit par la force, et cela se produisit à la fin de son règne, quand son pouvoir arriva à son terme.
Abū Bakr ibn Abī ad-Dunyā a dit : « Al-Maʾmūn était un homme blanc, de taille moyenne, au visage agréable. Ses cheveux étaient déjà grisonnants, son teint était légèrement jaunâtre, il avait de grands yeux, portait une barbe longue mais fine, un front plutôt étroit et un grain de beauté sur la joue. Sa mère était une concubine nommée Marājil (3). »
Al-Khaṭīb al-Baghdādī rapporte, d’après al-Qāsim ibn Muḥammad ibn ʿAbbād, qu’« aucun calife n’a mémorisé le Coran hormis ʿUthmān ibn ʿAffān et al-Maʾmūn (4) » ; fait qui est très étonnant (5). On rapporte aussi qu’il récitait pendant le mois de Ramaḍān trente-trois lectures complètes du Coran. Un jour, il s’assit pour dicter des ḥadiths : le cadi Ibn Aktham et un groupe de personnes étaient autour de lui, et il leur dicta de mémoire trente ḥadiths. Il possédait une connaissance approfondie dans plusieurs disciplines : le fiqh, la médecine, la poésie, les lois successorales, le kalām, la grammaire, la langue arabe, ses particularités et l’astronomie. On lui attribue le zīj (6) appelé « al-Maʾmūnī ». Il estima le degré de latitude à Sinjār et constata une divergence entre son propre calcul et celui des anciens.
Ibn ʿAsākir (7) rapporte qu’al-Maʾmūn tint un jour audience en présence des émirs et des savants. Une femme vint se plaindre à lui : elle expliqua que son frère était mort, laissant six cents dinars, et qu’elle n’en avait obtenu qu’un seul. Aussitôt, il déclara : « Ton droit t’est bien parvenu : il se peut que ton frère ait laissé deux filles, une mère, une épouse, douze frères et une sœur. »