Al-Ma’mûn reçut alors une réponse faisant l’éloge de son représentant pour ce qu’il avait accompli et réfutant les dires de chacun de ceux qui s’étaient exprimés. Il ordonna également à son représentant de les interroger une nouvelle fois. Quiconque parmi eux reconnaîtrait que le Coran est créé, on rendrait sa position publique devant le peuple. Quant à celui qui refuserait de le dire, il devrait être envoyé, entravé et sous bonne garde, au camp du Commandeur des croyants, jusqu’à ce qu’il lui soit présenté. Le calife, dont la doctrine (1) était de faire exécuter celui qui ne se plierait pas à l’affirmation de la création du Coran, fit donc organiser une autre assemblée à Bagdad. Il y convoqua ces savants, dont Ibrahim Ibn al-Mahdî. Ce dernier était lié à Bishr Ibn al-Walîd al-Kindî, et Al-Ma’mûn avait ordonné de les mettre à mort tous deux s’ils refusaient de se soumettre immédiatement.
Lorsque, pour la seconde fois, Ishaq Ibn Ibrâhîm les interrogea après la lecture de la lettre du calife, ils répondirent tous sous la contrainte, s’appuyant sur l’interprétation du verset : «﴿إِلَّا مَنْ أُكْرِهَ وَقَلْبُهُ مُطْمَئِنٌّ بِالْإِيمَانِ وَلَكِنْ مَنْ شَرَحَ بِالْكُفْرِ صَدْرًا فَعَلَيْهِمْ غَضَبٌ مِنَ اللَّهِ وَلَهُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ﴾ [an-Nahl : 106].» Toutefois, quatre hommes s’y opposèrent : Ahmad Ibn Hanbal, Muhammad Ibn Nûh, al-Hasan Ibn Hammâd dit Sajjâda, et ‘Ubayd Allâh Ibn ‘Umar al-Qawârîrî. Ils furent enchaînés et mis en attente pour être envoyés au calife. Le lendemain, Ishaq Ibn Ibrâhîm les appela de nouveau et les interrogea : Sajjâda finit par reconnaître la création du Coran, si bien qu’on le libéra de ses chaînes et qu’il fut relâché. Le troisième jour, al-Qawârîrî fit de même, il fut alors détaché et remis en liberté. Quant à Ahmad Ibn Hanbal et à Muhammad Ibn Nûh al-Jundaysâbûrî, ils continuèrent de refuser ; on resserra alors leurs fers et on les fit attacher tous deux fermement avant de les envoyer, ainsi enchaînés l’un à côté de l’autre sur un même chameau, au calife qui se trouvait à Tarsûs.
L’imâm Ahmad invoquait Dieu pour qu’Il ne le fasse pas rencontrer Al-Ma’mûn, et qu’aucun d’eux ne voie l’autre (2). De fait, Al-Ma’mûn envoya encore des lettres à Ishaq Ibn Ibrâhîm, où il exposait que l’on avait appris que ces personnes n’avaient répondu que sous la contrainte, en se fondant sur la parole divine : «﴿إِلَّا مَنْ أُكْرِهَ وَقَلْبُهُ مُطْمَئِنٌّ بِالْإِيمَانِ﴾ [an-Nahl : 106].» Il considérait cette interprétation comme une grave erreur et ordonna de tous les faire venir auprès du Commandeur des croyants. Ishaq Ibn Ibrâhîm les convoqua donc et les contraignit à prendre la route pour Tarsûs. En chemin, ils apprirent la mort d’Al-Ma’mûn ; on les ramena alors à ar-Raqqah, puis ils furent autorisés à rentrer à Bagdad. Ahmad Ibn Hanbal et son compagnon Muhammad Ibn Nûh voyagèrent en avance par rapport aux autres, mais ils n’eurent pas à rencontrer le calife avant son décès : Dieu exauça la prière de Son serviteur et ami Ahmad Ibn Hanbal (qu’Il lui accorde Sa miséricorde), de sorte qu’ils ne le virent point, avant de revenir tous deux à Bagdad.
La suite complète des événements survenus lors du terrible épisode qui s’ouvrit au début du règne d’al-Muʿtasim ibn ar-Rachîd sera rapportée plus avant, tout comme le récit détaillé dans la biographie de l’imâm Ahmad Ibn Hanbal, à l’occasion de l’évocation de son décès en l’an 241 de l’Hégire. Et c’est en Dieu que l’on doit placer tout secours.