Il (l’interrogé) dit : « Il n’est pas Créateur. » L’autre répliqua : « Ce n’est pas à ce sujet que je t’interroge. » Il répondit : « Je ne sais rien dire d’autre. » Et il persista dans cette position. L’examinateur poursuivit : « Témoignes-tu qu’il n’y a de dieu que Dieu, l’Unique, le Seul, qu’il n’y avait rien avant Lui ni après Lui, et qu’aucune de Ses créatures ne Lui ressemble, que ce soit en quelque attribut ou sous quelque aspect ? » Il répondit : « Oui. » Alors l’examinateur ordonna au scribe : « Écris ce qu’il vient de dire. » Et celui-ci le consigna.
Puis il les interrogea un à un ; la plupart refusèrent d’affirmer que le Coran était créé. Si l’un d’eux persistait à ne pas le dire, on lui présentait le document (1) auquel Bishr ibn al-Walîd al-Kindî avait adhéré, selon lequel Dieu, exalté soit-Il, ne ressemble à aucune de Ses créatures, ni quant à l’essence ni sous quelque forme que ce soit. On lui demandait alors : « Est-ce bien ce que tu dis ? » Et il répondait : « Oui, comme l’a dit [Bishr]. »
Lorsque vint le tour d’Ahmad ibn Hanbal, on lui demanda : « Dis-tu que le Coran est créé ? » Il répondit : « Le Coran est la Parole de Dieu, je ne dirai rien de plus. » On lui dit : « Que penses-tu alors de ce document ? » Il répondit par le verset : « Il n’y a rien qui Lui soit semblable ; c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant » [al-Chûrâ, 11]. Un homme parmi les muʿtazilites déclara alors : « Il prétend que Dieu entend avec une oreille et voit avec un œil. » Alors [Ishâq] demanda à Ahmad : « Que veux-tu dire par “Il est Audient et Clairvoyant” ? » Il répondit : « J’entends par là ce que Dieu a voulu que nous en comprenions ; Il est tel qu’Il S’est décrit Lui-même. Je n’ajoute rien à cela. »
Les réponses de chacun furent mises par écrit et envoyées au calife al-Ma’mûn.
[Chapitre]
Nous avons déjà mentionné qu’Ishâq ibn Ibrâhîm, le gouverneur de Bagdad, soumit les gens à l’épreuve en leur demandant d’affirmer que le Coran est créé, et de nier tout anthropomorphisme (tashbîh). Ils consentirent tous à nier la ressemblance entre Dieu et Ses créatures, mais ils refusèrent de dire que le Coran était créé, déclarant unanimement : « Le Coran est la Parole de Dieu. » L’imâm Ahmad, quant à lui, dit : « Je n’ajouterai pas un mot de plus à cela », puis il récita, pour affirmer l’absence de toute ressemblance : « Il n’y a rien qui Lui soit semblable ; c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant » [al-Chûrâ, 11]. On lui demanda : « Que signifies-tu par “l’Audient, le Clairvoyant” ? » Il répondit : « J’entends ce que Dieu en a voulu ; Il est tel qu’Il S’est décrit Lui-même. »
Parmi ceux qui étaient présents, certains acceptèrent sous la contrainte de dire que le Coran était créé, car on destituait de leurs charges ceux qui refusaient, on les privait de leurs revenus sur la Bayt al-Mâl, on interdisait aux muftis de délivrer des fatwâ et on empêchait les maîtres de hadith de transmettre leur savoir. Une terrible épreuve s’abattit alors, une discorde retentissante et un grand malheur advinrent. Il n’est de force ni de puissance qu’en Dieu, le Très-Haut, le Très-Grand, le Puissant, le Sage. Quant au gouverneur Ishâq ibn Ibrâhîm, il ordonna au scribe d’inscrire la réponse de chacun en son nom, avant de les transmettre