Puis débuta l’année dix-huit et deux cents (1). Le premier jour de Jumâdâ al-Ûlâ de cette année-là, al-Ma’mûn envoya son fils al-‘Abbâs dans le pays des Byzantins pour y construire la cité de al-Ṭuwâna et en renouveler l’architecture. Il dépêcha des ordres dans les diverses provinces et contrées afin de mobiliser des ouvriers (2) de chaque région (d’Égypte, de Syrie, d’Irak, etc.), si nombreux que Dieu Seul les connaît (سُبْحَانَهُ وتَعَالَى). Il lui ordonna que la cité s’étendît sur un mille par un mille, que son rempart embrassât trois parasanges, et qu’on y établît trois portes, chacune pourvue d’une forteresse.
Mention de la première épreuve (3) :
Cette même année, al-Ma’mûn écrivit à son représentant à Bagdad, Isḥâq ibn Ibrâhîm ibn Muṣ‘ab, de mettre à l’épreuve les juges et les rapporteurs de ḥadîths au sujet de la doctrine de la création du Coran, et de lui en envoyer un certain nombre à ar-Raqqah. La copie intégrale de la lettre d’al-Ma’mûn à son représentant a été rapportée en détail par Ibn Jarîr (4). Elle défendait essentiellement l’idée que le Coran est « muḥdath » (récemment advenu) et non ancien, et que tout ce qui est « muḥdath » est créé. Or, de nombreux théologiens et traditionalistes ne l’ont pas suivi sur ce point, car ceux qui soutiennent que Dieu (qu’Il soit exalté) accomplit des actes volontaires ne disent pas que Son acte, subsistant en Sa sainte Essence (5), ait été créé après n’avoir pas existé (6). Ils affirment plutôt qu’il est « muḥdath » sans être créé, car il s’agit de la Parole de Dieu (qu’Il soit glorifié) subsistant en Sa sainte Essence, et ce qui subsiste en l’Essence divine ne peut être créé.
Dieu (qu’Il soit exalté) a dit : « Il ne leur vient aucun rappel de la part de leur Seigneur qui soit récent (muḥdath) … » [Al-Anbiyâ’ : 2] (7). Il a aussi dit : « Nous vous avons créés, puis Nous vous avons façonnés, puis Nous avons dit aux anges : “Prosternez-vous devant Adam.” » [Al-A‘râf : 11]. L’ordre divin de se prosterner est donc survenu après la création d’Adam, et la Parole subsistant en l’Essence n’est pas créée. Ceci relève d’une autre étude.
Al-Bukhârî a composé un ouvrage à ce propos, intitulé « Khalq af‘âl al-‘ibâd » (« La création des actes des serviteurs »). Quoi qu’il en soit, lorsque la lettre parvint à Bagdad, on la lut au peuple. Par ailleurs, al-Ma’mûn désigna déjà un groupe de traditionalistes