La Hachémite, l’Abbasside. Elle fut l’épouse de Hārūn ar-Rachīd et la personne qu’il chérissait le plus de son vivant, malgré la présence à ses côtés de concubines et d’autres épouses, comme nous l’avons signalé dans sa biographie (1).
On l’appela « Zubayda » parce que son grand-père, Abū Jaʿfar al-Manṣūr, jouait avec elle et la faisait danser quand elle était enfant, en lui disant : « En vérité, tu es le beurre (zubd) de Zubayda. » Ce surnom l’emporta sur son nom véritable et l’on ne la connut que sous lui. Son nom d’origine était ʿAmat al-ʿAzīz. Elle était dotée d’une grande beauté, possédait de vastes richesses, était bienfaisante et d’une foi solide. Elle accomplit de nombreuses aumônes, disposait de fondations pieuses et entreprenait diverses actions de charité fort importantes.
Al-Khaṭīb al-Baghdādī rapporta qu’elle accomplit le pèlerinage et que, durant soixante jours, ses dépenses atteignirent cinquante-quatre millions de dirhams (2). Lorsque le calife al-Maʾmūn entra à Bagdad et qu’elle le félicita pour son investiture, elle lui dit (3) : « Je me suis déjà félicitée pour la nouvelle de ton califat avant même de te voir. Et si j’ai perdu un fils calife, j’en ai retrouvé un autre, calife lui aussi, sans l’avoir enfanté. Jamais personne ne s’appauvrit en obtenant un remplaçant de ton rang, et aucune mère n’est affligée lorsqu’elle reçoit ce que tu donnes de tes mains. Je demande à Dieu la récompense pour ce qu’Il a repris et la jouissance de ce qu’Il a accordé (4). » Il est rapporté (5) qu’elle mourut à Bagdad en Jumādā al-Ūlā de l’an 216 de l’hégire.
Puis al-Khaṭīb poursuivit ainsi : « Al-Ḥasan ibn Muḥammad al-Khallāl (6) me raconta de vive voix avoir trouvé (7), dans un manuscrit d’Abū l-Fatḥ al-Qawwās, les propos suivants : “Ṣadaqa ibn Hubaïra al-Mawṣilī nous informa que Muḥammad ibn ʿAbd Allāh al-Wāsitī nous raconta ceci : ʿAbd Allāh ibn al-Mubārak a dit : ‘J’ai vu Zubayda en rêve et je lui ai demandé : “Qu’est-ce que Dieu a fait de toi ?” Elle répondit : “Il m’a pardonnée dès le premier coup de pioche que je donnai sur la route menant à La Mecque.” Je lui dis : “D’où te vient ce teint jaunâtre ?” Elle répondit : “Un homme du nom de Bishr al-Marīsī (8) a été enseveli au milieu de nous. L’Enfer a poussé contre lui un violent souffle dont mon corps s’est tout entier hérissé ; c’est de là que me vient ce teint jaunâtre (9).”’” »
Le cadi Ibn Khallikān a rapporté qu’elle possédait cent servantes, et que chacune d’elles connaissait par cœur le Noble Coran. Le programme spirituel de chacune consistait à réciter un dixième du texte sacré. Dans son palais, on entendait un bourdonnement semblable à celui d’un essaim d’abeilles (10).