La version la plus correcte est qu’il est décédé en l’année dix-huit, comme l’a mentionné Abū Saʿīd Ibn Yūnus dans son « Histoire de l’Égypte » (1).
Quant au poète al-ʿAkawwak (2), il s’agit d’Abū al-Ḥasan ʿAlī ibn Jabala ibn al-Muslim ibn ʿAbd al-Raḥmān, originaire du Khorassan, surnommé ainsi en raison de sa petite taille et de son embonpoint. Il appartenait aux mawālī. On dit qu’il naquit aveugle, tandis que certains affirment plutôt qu’une variole contractée à l’âge de sept ans lui fit perdre la vue. Il était de teint noir et atteint de lèpre. Malgré cela, il fut un poète accompli, éloquent et parfaitement maîtrisé. Al-Jāḥiẓ, puis ceux qui lui ont succédé, ont fait son éloge dans leurs écrits. Al-Jāḥiẓ déclara : « Je n’ai jamais rencontré, ni chez les Bédouins ni chez les citadins, quelqu’un qui récitait ses vers mieux que lui » (3).
Voici, par exemple, quelques-uns de ses vers (4) :
« Que mon père soit sacrifié pour celui qui me visita en secret
Craignant tout, rempli d’une angoisse profonde.
Un visiteur, orné de sa beauté :
Comment la nuit pourrait-elle cacher la pleine lune ?
Il guetta le moment de relâchement, jusqu’à en trouver l’occasion,
Et attendit le sommeil de ceux qui veillaient, jusqu’à ce qu’ils s’endorment (5).
Il affronta mille dangers pour venir,
Puis ne salua que lorsqu’il s’en alla. »
Et c’est lui qui dit, à propos d’Abū Dulaf al-Qāsim ibn ʿĪsā al-ʿUjaylī pour l’encenser (6) :
« Le monde, c’est Abū Dulaf
Entre son départ en expédition et le lieu où il s’arrête.
Quand Abū Dulaf s’en va,
Le monde s’en va à sa suite.
Quiconque se trouve sur terre, parmi les Arabes,
Qu’il vive en nomade ou en sédentaire,
T’emprunte quelque mérite,
Pour le porter (7) le jour où il s’en glorifie. »
Lorsque ces vers – qui font partie d’une longue ode où il rivalise avec Abū Nuwās al-Ḥasan ibn Hānī (8) – parvinrent à al-Ma’mūn, celui-ci le rechercha de toutes les manières possibles. Al-ʿAkawwak s’échappa longtemps, mais finit par être amené devant lui. Alors al-Ma’mūn lui dit : « Malheur à toi ! As-tu donc préféré al-Qāsim ibn ʿĪsā ? »