Ibn Khallikân (1) rapporte : Abû l-ʿAtâhiyya se réunit un jour à Abû Nuwâs – lequel était de sa génération et de celle de Bashshâr ibn Burd. Alors Abû l-ʿAtâhiyya dit à Abû Nuwâs : « Combien de vers composes-tu par jour ? » Il répondit : « Un vers ou deux. » Abû l-ʿAtâhiyya répliqua : « Quant à moi, j’en compose cent ou deux cents. » Abû Nuwâs rétorqua : « C’est parce que tu composes (2) des vers comme (3) :
Ô ʿUtba, qu’ai-je à faire avec toi ? / Puissé-je ne point t’avoir vue.
Si je voulais produire un millier ou deux milliers de vers de ce genre, je le pourrais. En revanche, ce que moi je produis, c’est du genre de mon vers (4) :
De la main d’une passionnée, habillée en homme, / Elle a deux prétendants : l’un sodomite, l’autre fornicateur.
Si tu désirais composer quelque chose de semblable, les âges ne te suffiraient pas pour y parvenir. »
Ibn Khallikân (5) ajouta : Parmi les vers subtils d’Abû l-ʿAtâhiyya (6), on compte (7) :
Je me suis épris de toi à tel point / Que, de l’excès de mon émoi,
Celui qui s’assoit près de moi / Sent le parfum de ma passion dans mes habits.
Ibn Khallikân (8) précise encore : Il a composé de nombreux poèmes. Il naquit en l’an 130 de l’Hégire et mourut un lundi, le troisième jour de Joumâdâ al-Âkhira de l’an 211. Certains disent qu’il mourut en 213 [de l’Hégire]. Il laissa pour consigne qu’on inscrivît sur sa tombe à Bagdad (9) :
« En vérité, une vie dont la fin est la mort / est une vie à laquelle le malheur est hâté. »
[Ensuite vint l’an 212.]
Cette année-là, al-Ma’mûn dépêcha Muhammad ibn Humayd at-Tûsî par la route de Mossoul pour combattre Bâbak al-Khurramî au pays d’Azerbaïdjan. Il captura un groupe de ceux qui y exerçaient leur domination, et les envoya comme prisonniers à Bagdad, auprès d’al-Ma’mûn. Au cours de Rabîʿ al-Awwal de cette même année, al-Ma’mûn introduisit parmi la population deux innovations monstrueuses, dont l’une était plus grave que l’autre.