Talq ibn Ghannâm (1). Et ‘Abd ar-Razzâq ibn Hammâm as-San‘ânî, auteur du « al-Musannaf » et du « al-Musnad » (2). Et ‘Abd Allâh ibn Sâlih al-‘Ijlî (3). Et Abû al-‘Atâhiyya, le poète éloquent et renommé (4), dont le nom est Ismâ‘îl ibn al-Qâsim ibn Suwayd ibn Kaysân. Il était originaire du Hijâz, s’installa à Bagdad et vendit d’abord des jarres. Puis il obtint la faveur des califes (5), en particulier celle d’al-Mahdî. Il s’éprit d’une concubine d’al-Mahdî nommée ‘Utba et la réclama plusieurs fois au calife, qui consentit à la lui accorder. Cependant, la jeune femme ne voulait pas de lui et disait au calife : « Me donnerais-tu donc à un homme au physique disgracieux qui vendait des jarres ? » Abû al-‘Atâhiyya ne cessa alors de composer des poèmes à son propos, et l’affaire se propagea et devint célèbre ; al-Mahdî, quant à lui, en était conscient.
Il advint un jour que le calife al-Mahdî convoqua les poètes à sa cour, et ils se réunirent. Parmi eux se trouvait Bishâr ibn Burd, qui était aveugle. En entendant la voix d’Abû al-‘Atâhiyya, il demanda à son voisin : « Est-il ici, Abû al-‘Atâhiyya ? » [Celui-ci répondit : « Oui »] (6). Il s’avança alors pour lui faire réciter le poème qu’il avait composé à son sujet, dont le premier vers est :
« Alâ mâ li-sayyidatî mâ lahâ… Adallat fa-aḥmila idlâlahâ » (7)
(« Qu’arrive-t-il donc à ma Dame ? Elle se montre hautaine, je supporte son arrogance… »)
Bishâr s’écria alors : « Je n’ai jamais vu homme plus audacieux ! » Puis Abû al-‘Atâhiyya poursuivit sa récitation jusqu’à ces vers :
« Atat-hu al-khilâfatu munqâdat-an… Ilayhi tujarrriru adhyâlahâ
Fa-lam takun taṣluḥu illâ lahu… Wa-lam yaku yaṣluḥu illâ lahâ
Wa-law râmahâ aḥadun ghayruh… La-zulzilat al-arḍu zilzâlahâ
Wa-law lam tuṭi‘hu banâtu al-qulûb… Lamâ qabila -llâhu a‘mâlahâ »
Bishâr s’adressa alors à son voisin : « Regarde ! Est-ce que le calife va bondir de son siège ? » Et, par Dieu, ce jour-là, nul autre poète ne repartit avec une récompense, hormis Abû al-‘Atâhiyya.