Peut‐être le temps finira‐t‐il par infléchir ses rênes, sous l’effet d’un revirement de situation, car le temps est capricieux. Ainsi des désirs s’accompliront et des blessures se refermeront (1), puis d’autres événements surviendront après ceux‐là.
Le vizir Yaḥyā ibn Khālid l’entendit et déclara : « Je te conjure, reviens ! » Il prit alors de sa main les documents et y apposa sa signature. Ensuite, il n’eut de cesse de creuser derrière eux jusqu’à les supplanter, puis il assuma le vizirat à leur place. À ce propos, Abū Nuwās (2) a dit :
« Le temps ne ménagea point la famille de Barmak lorsque
le pouvoir les frappa d’un sort funeste.
Un temps qui ne respecte pas la promesse donnée à Yaḥyā
ne saurait non plus préserver la loyauté envers la famille d’Al‐Rabīʿ. »
Par la suite, il fut nommé vizir après Ar‐Rachīd pour son fils Al‐Amīn. Quand Al‐Maʾmūn entra à Bagdad, il se cacha, puis Al‐Maʾmūn lui dépêcha un sauf‐conducte (3). Il réapparut alors, mais demeura dans l’ombre jusqu’à son décès, cette année‐là, à l’âge de soixante‐huit ans, qu’Allâh lui fasse miséricorde.
[Ensuite arriva l’an 209 (de l’Hégire)]
Cette année‐là, ʿAbd Allâh ibn Ṭāhir assiégea Naṣr ibn Shabaṯ (4), après l’avoir combattu cinq années durant. Au cours de cet assaut, il resserra si bien l’étau qu’il contraignit Naṣr ibn Shabaṯ à solliciter la garantie de sécurité auprès de ʿAbd Allâh ibn Ṭāhir. Celui‐ci en informa Al‐Maʾmūn, qui ordonna de lui accorder un sauf‐conduit au nom du Commandeur des Croyants. Sur ce, ʿAbd Allâh ibn Ṭāhir rédigea un acte de protection, et Naṣr descendit de son bastion. ʿAbd Allâh fit alors raser la ville dans laquelle il s’était retranché, et son agitation prit fin.
Cette même année, des batailles eurent lieu contre Bābak al‐Khurramī. Celui‐ci réussit à capturer l’un des chefs de l’armée musulmane, ce qui constitua une lourde perte pour les Musulmans.
Cette année‐là, le ḥadj (pèlerinage) fut dirigé par Ṣāliḥ ibn al‐ʿAbbās ibn Muḥammad ibn ʿAlī ibn ʿAbd Allâh ibn ʿAbbās, alors gouverneur de la Mecque.
Au cours de la même année, le roi des Romains, Mīkhāʾīl ibn Nuqfūr (appelé Georges), mourut après avoir régné sur eux neuf ans. Ils placèrent alors sur le trône son fils Tūfīl ibn Mīkhāʾīl.