Lorsque Ṭāhir se convainquit de ce fait, il s’empressa de s’éloigner de lui et ne cessa ses efforts jusqu’à ce qu’al-Ma’mūn le nommât gouverneur du Khorasan. Al-Ma’mūn lui attribua alors un de ses serviteurs et lui recommanda de l’empoisonner s’il constatait chez lui quelque chose de suspect (1). Ainsi, lorsqu’il prononça le prêche du vendredi sans invoquer al-Ma’mūn, le serviteur l’empoisonna dans du « kâmakh » (2), et il mourut dans la nuit.
On surnommait ce Ṭāhir « Dhû al-yaminayn » (celui aux deux mains droites), et il était borgne. C’est alors qu’Amr ibn Bâna (3) composa ces vers à son propos :
« Ô toi qui possèdes deux mains droites et un seul œil,
un œil en moins et une main droite en trop ! »
Les opinions divergèrent quant à la signification de ce surnom : certains ont avancé qu’il frappa un homme de la main gauche et le fendit en deux, d’autres ont supposé qu’on l’avait appelé ainsi parce qu’il fut investi à la fois en Irak et au Khorasan. Il était généreux, faisait l’objet d’éloges, aimait la poésie (4) et la récompensait magnifiquement. Un jour, alors qu’il se trouvait à bord d’une « ḥarrâqa » (5), un poète déclama :
« Je m’étonne de la ḥarrâqa du fils d’al-Ḥusayn :
comment se fait-il qu’elle ne sombre pas ?
Un océan la recouvre d’en haut, un autre la cerne d’en bas,
plus étonnant encore est son bois, que son contact ne fait pas reverdir ! »
Ṭāhir le gratifia alors de trois mille dinars, et dit : « Si tu nous donnes davantage (de vers), nous t’en donnerons davantage (de récompense). »
Ibn Khallikân (7) rapporta : « Qu’il est beau le propos d’un poète au sujet d’un notable qui embarquait sur la mer :
“Lorsque tu pris la mer, je suppliai humblement,
Ô Toi qui fais souffler les vents avec douceur !
Tu as fait que la générosité de sa main soit semblable à ses vagues :
Préserve-le et rends ces vagues pareilles à sa main !” »