Wahb ibn Jarîr (1), et Yazîd ibn Hârûn, le maître (cheikh) de l’imâm Ahmad (2).
[Ensuite débuta l’année 207 de l’Hégire]
Cette année-là, ‘Abd al-Rahmân ibn Ahmad ibn ‘Abd Allâh ibn Muhammad ibn ‘Umar ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib se souleva dans la région de ‘Akk, au Yémen, appelant à l’agrément en faveur des Gens de la Famille de Muhammad (ﷺ). En effet, les agents du pouvoir au Yémen avaient adopté un comportement néfaste envers les administrés. Lorsque ‘Abd al-Rahmân se manifesta, les gens lui prêtèrent allégeance. Quand la nouvelle parvint à al-Ma’mûn, celui-ci dépêcha Dînâr ibn ‘Abd Allâh à la tête d’une armée nombreuse, muni d’une lettre de sûreté (amân) pour ‘Abd al-Rahmân, à condition qu’il écoute et obéisse. Ils assistèrent au pèlerinage, puis se dirigèrent vers le Yémen. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de ‘Abd al-Rahmân, Dînâr lui envoya la lettre d’amnistie. Il l’accepta, écouta, obéit et vint jusqu’à placer sa main dans celle de Dînâr. Celui-ci l’emmena alors jusqu’à Bagdad, où il revêtit l’habit noir.
Cette même année, tâhir ibn al-Husayn ibn Mus‘ab, gouverneur de l’ensemble de l’Irak et du Khurâsân, mourut. On le trouva dans son lit, décédé après avoir accompli la prière de la nuit (ʿishâ’), alors qu’il s’était enroulé dans ses couvertures. Ses proches, le trouvant long à sortir pour la prière de l’aube, pénétrèrent auprès de lui – son frère et son oncle –, et le découvrirent sans vie. Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à al-Ma’mûn, il s’exclama : « Pour les deux mains et la bouche ! [Louange à Dieu qui l’a avancé et nous a retardés] » (3). Cela, parce qu’il avait appris que Tahir, un jour, prononça un sermon sans invoquer pour lui (al-Ma’mûn) depuis la chaire. Pourtant, il confia malgré tout à son fils, ‘Abd Allâh, la succession à son poste, en y adjoignant la Jazîra et le Shâm. ‘Abd Allâh délégua alors le Khurâsân à son frère Talha ibn Tâhir pour sept ans, puis Talha mourut, et ‘Abd Allâh s’empara pleinement de tous ces territoires. Ishâq ibn Ibrâhîm fut le représentant de ‘Abd Allâh ibn Tâhir à Bagdad.
C’est ce même Tâhir ibn al-Husayn qui arracha Bagdad et toute la terre d’Irak à al-Amîn ibn al-Rashîd et le mit à mort aussi. L’autorité se consolida ainsi entre les mains d’al-Ma’mûn, comme nous l’avons relaté en l’an 195. Un jour, Tâhir se rendit auprès d’al-Ma’mûn et sollicita de lui une faveur, que le calife lui accorda. Puis al-Ma’mûn le regarda et ses yeux s’emplirent de larmes. Tâhir lui demanda : « Qu’est-ce qui vous fait pleurer, ô Commandeur des croyants ? » Mais al-Ma’mûn ne le lui révéla pas. Alors Tâhir offrit deux cent mille dirhams au serviteur Husayn afin de découvrir la raison de ses larmes. Celui-ci lui répondit : « Ne le divulgue à personne, ou je te tuerai. Il a évoqué le meurtre de son frère et l’humiliation qu’il subit de la main de Tâhir. Par Dieu, il ne manquera pas de lui infliger ce qu’il déteste. »