Il a dit : « Ceux qui obéissent (à Dieu) durant la nuit ressentent plus de délices que ceux qui se livrent aux distractions dans leurs plaisirs. Il m’arrive parfois de ressentir une joie au cœur de la nuit, et il m’arrive parfois de voir le cœur rire d’un rire éclatant. »
Ahmad ibn Abî al-Hawârî a rapporté : « J’ai entendu Abû Sulaymân dire : “Alors que j’étais prosterné, je fus envahi par le sommeil. Voilà que je la vis” — il voulait dire : la houri — “qui me donna un léger coup de pied et me dit : ‘Mon bien-aimé, tes yeux s’endorment alors que le Roi est éveillé, observant ceux qui se lèvent la nuit pour L’adorer ? Malheur à des yeux qui ont préféré la volupté du sommeil à la douceur de l’intimité avec l’Exalté ! Lève-toi, car l’heure approche, et ceux qui s’aiment se sont retrouvés. Qu’est donc ce repos ? Ô mon bien-aimé et source de mon réconfort, tes yeux se ferment alors que, depuis tant de temps, je suis élevée dans les demeures (du Paradis) pour toi ?’ Je me relevai d’un bond, effrayé et couvert de sueur tant j’avais honte de son reproche. Et la douceur de sa parole demeure dans mon ouïe et dans mon cœur. »
Ahmad ibn Abî al-Hawârî a dit encore : « Je suis allé rendre visite à Abû Sulaymân et je l’ai trouvé en larmes. Je lui ai demandé : ‘Qu’as-tu ?’ Il me répondit : ‘J’ai été réprimandé la nuit passée dans mon sommeil.’ Je lui dis : ‘Que t’est-il arrivé ?’ Il répliqua : ‘Alors que je somnolais dans mon mihrâb, je vis apparaître devant moi une jeune femme plus belle que tout ce que peut contenir ce bas monde, et elle tenait dans sa main un feuillet. Elle me dit : “Tu dors, ô vieillard ?” Je lui répondis : “Celui que le sommeil gagne, dort.” Elle reprit : “Non. Celui qui recherche le Paradis ne dort point. Sais-tu lire ?” Elle me tendit alors le feuillet que je pris de sa main, et j’y trouvai ces mots :
“Une jouissance t’a distrait de la belle vie
Et des bienfaits dans les hautes demeures du Paradis.
Tu y vivras éternellement sans connaître la mort,
Tu y trouveras tes délices parmi les plus belles compagnes.
Sors de ton sommeil, car il est un bien meilleur acte
Que le sommeil : veiller la nuit en récitant le Coran.”’ »
Abû Sulaymân a dit : « Comment l’un d’entre vous n’aurait-il pas honte de porter une simple ‘abâya qui vaut trois dirhams, alors qu’il nourrit au fond de son cœur un désir équivalant à cinq dirhams ? »
Il a dit aussi : « Il n’est pas permis à quelqu’un de manifester sa vie d’ascète devant les gens alors que son cœur est encore plein de désirs. Quand plus rien de ce monde ne subsiste dans son cœur, alors il lui est permis de montrer son ascèse en portant l’habit de laine (al-‘abâ), car il s’agit d’un signe distinctif des ascètes. Toutefois, s’il revêtait deux vêtements blancs afin d’éloigner les regards des gens de sa personne, cela serait plus sûr pour protéger son ascétisme. »