Al-Hasan fut alors présenté, et il apparut clairement à ar-Rachîd son innocence des accusations portées contre lui. Muhammad ibn al-Hasan l’hébergea auprès de lui. Quant à Abou Youssouf (1), il était déjà décédé un an auparavant – certains disent deux ans. Muhammad ibn al-Hasan (2) honora de même ash-Shâfiʿî, et ce dernier écrivit à son sujet l’équivalent d’un chargement de chameau. Par la suite, ar-Rachîd lui octroya deux mille dinars – certains disent cinq mille.
Ash-Shâfiʿî retourna ensuite à La Mecque, et y distribua la plus grande partie de ce qu’il avait reçu à sa famille et à ses proches parmi les membres de son clan. Puis il se rendit de nouveau à Bagdad en l’an 195 de l’Hégire. Cette fois, un groupe de savants se réunirent autour de lui, parmi lesquels Aḥmad ibn Ḥanbal, Abou Thawr (3), al-Ḥusayn ibn ʿAlî al-Karâbîsî, al-Ḥârith ibn Surayj an-Naqqâl (4), Abou ʿAbd ar-Raḥmân ash-Shâfiʿî, az-Zaʿfarânî et d’autres encore.
Ensuite, il revint à La Mecque, puis retourna encore à Bagdad en l’an 198 de l’Hégire. Par la suite, il partit pour l’Égypte où il vécut jusqu’à son décès en l’an 204, comme nous le verrons plus loin. C’est là qu’il composa son ouvrage «Al-Umm», l’un de ses livres les plus récents, car il fut transmis par ar-Rabîʿ ibn Sulaymân, qui était Égyptien. L’Imam al-Ḥaramayn (5) et d’autres ont cependant prétendu qu’il s’agissait de l’un de ses ouvrages anciens, ce qui semble loin de la vérité et surprenant de leur part. Dieu est plus Savant.
Nombre de grands imams ont fait l’éloge d’ash-Shâfiʿî. Parmi eux figure ʿAbd ar-Raḥmân ibn Mahdî (6), qui lui demanda de rédiger un livre sur les fondements (de la jurisprudence) ; ash-Shâfiʿî écrivit ainsi «ar-Risâlah» (7). Ibn Mahdî invoquait alors pour lui dans sa prière de manière constante. Et l’un de ses maîtres fut Mâlik ibn
(1) Il s'agit de Yaʿqūb ibn Ibrāhīm ibn Ḥabīb al-Anṣārī, l’imām de Kūfa, le juge Abū Yūsuf, disciple de l’imām Abū Ḥanīfa. L’auteur lui a consacré une notice dans les événements de l’an 182.
(2) Cf. en A sa biographie et sa disposition.
(3) Il s’agit d’Ibrāhīm ibn Khālid al-Kalbī, Abū Thawr, le juriste célèbre, décédé en 240 H.
(4) Dans A : al-Ḥārith ibn Shurayḥ al-Qaffāl, et dans Ẓā, édition al-Baqqāl, il s'agit d’al-Ḥārith ibn Surayyaj al-Naqqāl, Abū ʿUmar, d’origine khwārizmienne, l’un des fuqahāʾ, mais suspecté en hadith. Voir Tārīkh Baghdād (18/209), Mīzān al-Iʿtidāl (1/433).
(5) C’est ʿAbd al-Malik ibn ʿAbd Allāh ibn Yūsuf al-Juwaynī, surnommé l'imām des deux sanctuaires (Imām al-Ḥaramayn), du fait de sa proximité pendant quatre ans avec La Mecque. Il est le plus érudit des derniers parmi les maîtres de l’école chaféite. Il est décédé en 478 H.
(6) ʿAbd al-Raḥmān ibn Mahdī ibn Ḥassān, Abū Saʿīd al-ʿAnbarī al-Luʾluʾī. L’un des grands maîtres mémorisateurs du ḥadīth ; al-Shāfiʿī a dit : « Je ne connais aucune personne similaire à lui dans ce domaine ». Décédé en 198 H. Voir Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (9/192‑209).
(7) Sur les uṣūl (fondements) : par le Risālah, il a confirmé ce qu’il y a dans l’édition, ainsi que dans le livre « al-Risālah » des fondements du fiqh, publié. Al-Dhahabī écrit dans Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (10/44) ce qui suit : ʿAbd al-Raḥmān ibn Mahdī a écrit à al-Shāfiʿī, alors jeune, pour qu’il rédige pour lui un livre contenant les sens du Coran, rassemblant l’acceptation des traditions, la preuve du consensus, ainsi que l’explication des abrogateurs et des abrogés. C’est ainsi qu’il rédigea le livre al-Risālah.
Dans la marge de l’édition critique : Il s’agit de la vieille Risālah qui fut écrite à son sujet en Irak et envoyée à ʿAbd al-Raḥmān ibn Mahdī avec al-Ḥārith ibn Surayyaj al-Naqqāl al-Khwārizmī, puis al-Baghdādī. C’est pour cette raison qu’il fut nommé al-Naqqāl. Cette ancienne Risālah est inconnue et n’est pas en possession des gens à présent, hormis la nouvelle Risālah imprimée dans une bonne édition critique par le cheikh Aḥmad Muḥammad Shākir – qu'Allah lui fasse miséricorde –.