« Combien de fois voit-on une [personne] noire qui, par son comportement, est en réalité blanche ?… Le camphre en vient à jalouser le musc auprès d’elle.
C’est comme la pupille de l’œil : les gens la croient sombre alors qu’en vérité, elle est lumière.
Al-Ma’mûn s’était consulté au sujet de l’exécution de son oncle Ibrâhîm ibn al-Mahdî. Ahmad ibn Abî Khâlid, le vizir borgne, lui dit alors : “Ô Commandeur des Croyants, si tu le fais mourir, tu auras des pairs ; mais si tu lui pardonnes, tu n’auras pas d’égal.”
Ensuite, al-Ma’mûn entreprit de construire des palais sur le Tigre, à côté du sien. Les troubles s’apaisèrent et les malheurs disparurent. Il ordonna de partager la récolte des habitants de la campagne d’Irak (Ahl as-Sawâd) sur la base du cinquième, alors qu’auparavant ils étaient taxés à la moitié. Il adopta le qafîz(1) al-mulham, qui équivaut à dix makâkîs mesurés au makkûk(2) hârûnien. Il allégea de nombreuses contributions foncières dans divers territoires et se montra bienveillant envers la population en maints endroits. Il nomma son frère Abû ‘Isâ ibn ar-Rashîd à la tête de Koufa, son frère Sâliḥ à la tête de Bassora, et confia à ‘Ubayd Allâh ibn al-Ḥasan ibn ‘Ubayd Allâh(3) ibn al-‘Abbâs ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib le gouvernement des deux Lieux saints ; c’est lui qui dirigea le pèlerinage (al-ḥajj) des gens cette année-là.
Au cours de la même année, Yaḥyâ ibn Mu‘âdh affronta Bâbak al-Khurramî, sans parvenir à le vaincre.
[Cette année-là, des notables décédèrent, parmi eux :]
Abû ‘Abd Allâh Muḥammad ibn Idrîs ash-Shâfi‘î(4). Nous lui avons consacré une notice détaillée au début de notre livre “Ṭabaqât ash-Shâfi‘iyyîn”. Nous en rapporterons ici un résumé, avec l’aide de Dieu.
Il s’agit de l’imam érudit, Abû ‘Abd Allâh ibn Idrîs ibn al-‘Abbâs ibn ‘Uthmân ibn Shâfi‘ ibn as-Sâ’ib ibn ‘Ubayd ibn ‘Abd Yazîd ibn Hâshim ibn al-Muṭṭalib ibn ‘Abd Manâf ibn Quṣayy, membre de la tribu qurayshite, branche al-Muṭṭalib. As-Sâ’ib ibn Yazîd embrassa l’islam le jour de Badr, tandis que son fils Shâfi‘ ibn as-Sâ’ib fait partie des plus jeunes Compagnons. Sa mère appartenait à la tribu des Azd. Elle raconta qu’alors qu’elle le portait, elle vit en songe la planète Jupiter sortir de son sein pour fondre sur l’Égypte, avant que chacune de ses éclats ne se dispersât dans chaque contrée. »