Puis arriva l’an deux cent quatre (de l’Hégire). Au cours de cette année, al-Ma’mûn arriva sur la terre d’Irak ; il était auparavant passé par Gurgân, où il resta un mois, puis en partit. (1) Il faisait halte à chaque étape un jour ou deux, puis se rendit à Nahrawân, où il séjourna huit jours. Il avait écrit à Tâhir ibn al-Husayn, qui se trouvait à ar-Raqqah, de le rejoindre à Nahrawân. Tâhir y vint donc, et les notables de sa famille, les chefs ainsi qu’une grande partie de l’armée l’y accueillîrent. Lorsque vint le samedi suivant, al-Ma’mûn entra à Bagdad en fin de matinée, quatorze nuits avant la fin de Safar, avec un éclat considérable, à la tête d’une armée imposante. Lui-même, ainsi que tous ses compagnons et ses jeunes serviteurs, portaient l’habit vert. Les habitants de Bagdad et tous les Banû Hâshim revêtirent également la couleur verte.
Al-Ma’mûn s’installa à ar-Rasâfah, puis il se rendit dans son palais au bord du Tigre. Les émirs et les notables de l’État s’y rendaient selon l’usage, et désormais les Bagdadis avaient tous revêtu le vert. Ils brûlaient tout ce qu’ils trouvaient de vêtements noirs, et cette situation dura huit jours. Puis, al-Ma’mûn s’enquit des demandes de Tâhir ibn al-Husayn, dont la première fut de reprendre le vêtement noir, car tel était l’habit de ses ancêtres issus de la dynastie des héritiers des prophètes.
Lorsque vint le samedi suivant, le vingt-troisième de Safar, al-Ma’mûn siégea devant la foule vêtu de vert. Il ordonna ensuite qu’on préparât une khil‘ah (2) noire qu’il fit revêtir à Tâhir ibn al-Husayn. (3) Puis il fit porter le noir à un groupe d’émirs après lui. La population reprit alors l’habit noir, après qu’il eut constaté leur obéissance et leur assentiment. Il a également été rapporté qu’al-Ma’mûn conserva l’habit vert durant vingt-neuf nuits après son arrivée à Bagdad, Dieu sait mieux la vérité.
Quand son oncle Ibrâhîm ibn al-Mahdî vint à lui, après s’être caché durant six années et quelques mois, al-Ma’mûn lui dit : « Tu es le calife noir. » Ibrâhîm se mit à s’excuser et à demander pardon. Il lui déclara : « Je suis celui envers qui tu as fait preuve d’indulgence et de grâce. » Al-Ma’mûn récita alors ces vers :
« Le noir ne saurait déshonorer un homme de valeur, ni un jeune homme cultivé et avisé.
S’il t’échoit une part de noirceur, tu me laisses la blancheur de ta moralité. » (4)
Le juge Ibn Khallikân (5) a dit : « Ce même sens a été repris par l’un des auteurs postérieurs, Nasr Allâh ibn Qalâqas (6) d’Alexandrie, qui a déclaré... »