Puis débuta l’année cent un et deux cents (201 de l’Hégire). Au cours de cette année, les habitants de Bagdad sollicitèrent Mansour fils d’al-Mahdî pour qu’il devînt calife, mais il s’y refusa. Ils le prièrent alors d’agir comme représentant (nâ’ib) pour al-Ma’moun, c’est-à-dire de prononcer la khutba (prêche) en son nom. Il accepta cette proposition. Cela survint après que les habitants de Bagdad eurent expulsé de chez eux ‘Alî ibn Hishâm, le représentant d’al-Hassan ibn Sahl, ce qui provoqua de nombreux conflits.
Cette même année, un grand malheur s’abattit sur Bagdad et ses environs : des vagabonds, des brigands et des débauchés semaient leur désordre. Ils approchaient un homme pour lui réclamer de l’argent, à titre de prêt ou de don ; s’il refusait, ils s’emparaient de tout ce qu’il possédait chez lui, et parfois s’attaquaient aux jeunes serviteurs et aux femmes. Ils se rendaient dans les villages, emportaient bétail et troupeaux, et s’emparaient des serviteurs et des femmes à leur gré. Ils pillèrent ainsi les habitants de Qutrubbul (1), ne leur laissant absolument rien.
Alors, un homme du nom de Khâlid ad-Dariyoûch et un autre appelé Sahl ibn Salâma Abou Hâtim al-Ansârî, originaire du Khurâsân, se portèrent volontaires. Un groupe de gens du commun (2) se rallia à eux : ils repoussèrent les malfaiteurs, les combattirent, triomphèrent d’eux et les empêchèrent de corrompre la terre. Les affaires revinrent à leur état habituel pendant Sha‘bân et Ramadân, louange et grâce en reviennent à Dieu (3).
Cette même année, au mois de Shawwâl, al-Hassan ibn Sahl revint à Bagdad et conclut la paix avec l’armée. Mansour ibn al-Mahdî et les émirs qui s’étaient groupés autour de lui s’en séparèrent alors.
Durant cette même année, al-Ma’moun prêta serment d’allégeance à ‘Alî ar-Ridâ, fils de Mûsâ al-Kâzim, fils de Ja‘far as-Sâdiq, fils de Muhammad al-Bâqir, fils de ‘Alî Zayn al-‘Âbidîn, fils de Husayn le martyr, fils de ‘Alî ibn Abî Tâlib, pour qu’il fût son successeur (waliyy al-‘ahd) après lui. Il lui donna le titre de “ar-Ridâ de la Famille de Muhammad” (ﷺ), abandonna le port du noir et adopta la couleur verte, imposant ce changement à son armée. Il en informa les différentes provinces et régions. Le serment d’allégeance eut lieu le mardi, au deuxième jour du mois de Ramadân de l’an 201. Al-Ma’moun avait en effet jugé qu’‘Alî ar-Ridâ était le meilleur membre de la Famille du Prophète, et qu’aucun parmi les Banou al-‘Abbâs ne pouvait égaler sa science (4) et sa piété. C’est pourquoi il en fit son successeur après lui.