Il s’empara des biens, pilla le bétail et sema la corruption dans le pays. Al-Ma'mūn envoya donc contre lui une armée, qui le tua au mois de Muḥarram de cette année.
Cette même année, à Kūfa, se souleva Muḥammad b. Ibrāhīm b. Ismāʿīl b. Ibrāhīm b. al-Ḥasan b. al-Ḥasan b. ʿAlī b. Abī Ṭālib, le jeudi, dix jours après le début de Jumādā al-Ākhira. Il appelait à l’allégeance (ar-riḍā) envers la famille de Muḥammad et à la mise en pratique du Livre et de la Sunna. On le surnommait Ibn Ṭabaṭabā. Celui qui gérait ses affaires et dirigeait les opérations militaires devant lui était Abū l-Sarāyā al-Sarī b. Manṣūr al-Shaybānī. Les habitants de Kūfa s’accordèrent pour le soutenir, et des gens affluèrent à lui de toutes parts. Les Bédouins venus des environs de Kūfa se joignirent également à lui. Le représentant de cette ville pour le compte de Ḥasan b. Sahl était Sulaymān b. Abī Jaʿfar al-Manṣūr. Ḥasan b. Sahl lui reprocha et lui reprocha de laisser faire cet état de choses, puis lui envoya dix mille cavaliers sous la conduite de Zāhir b. Zuhayr b. al-Musayyab. Les combats eurent lieu hors de Kūfa : ils mirent Zāhir en déroute, s’emparèrent de son armée et pillèrent ses biens, et ce fut un mercredi, dernier jour de Jumādā al-Ākhira. Le lendemain de ce combat, Ibn Ṭabaṭabā, le chef des chiites, mourut subitement. On raconte qu’Abū l-Sarāyā l’aurait empoisonné, puis désigna à sa place un jeune imberbe nommé Muḥammad b. Zayd b. ʿAlī b. al-Ḥusayn b. ʿAlī b. Abī Ṭālib.
Zāhir se retira avec les compagnons qu’il lui restait au palais d’Ibn Hubayra. De son côté, Ḥasan b. Sahl dépêcha, avec ʿAbdūs b. Muḥammad, quatre mille cavaliers à titre de renfort pour Zāhir. Ils affrontèrent Abū l-Sarāyā, mais ce dernier les vainquit, et aucun des compagnons de ʿAbdūs ne survécut. Les descendants de Ṭālib (ṭālibiyyūn) se répandirent alors dans ces contrées. Abū l-Sarāyā frappa sa propre monnaie sous forme de dirhams et de dinars à Kūfa, en y faisant graver le verset : « En vérité, Dieu aime ceux qui combattent dans Son chemin en rangs serrés » (Coran 61:4). Puis il dépêcha ses troupes à Basra, Wāsiṭ et al-Madāʾin, où elles mirent en déroute les gouverneurs locaux et s’en emparèrent de force. Leur puissance se renforça, ce qui inquiéta vivement Ḥasan b. Sahl. Celui-ci écrivit à Harthama pour lui demander de combattre Abū l-Sarāyā ; Harthama refusa d’abord, puis se présenta finalement à lui. Marchant contre Abū l-Sarāyā, Harthama remporta plusieurs victoires et le poursuivit jusqu’à le repousser à Kūfa.
Les ṭālibiyyūn se jetèrent alors sur les demeures des Banū l-ʿAbbās à Kūfa, qu’ils pillèrent et dont ils détruisirent les propriétés, se livrant à de nombreuses exactions. Abū l-Sarāyā envoya des émissaires à al-Madāʾin, qui se rendit, puis il dépêcha Ḥusayn b. Ḥasan al-Afṭas en direction de La Mecque pour y présider la saison du pèlerinage en leur nom. Il redoutait cependant d’y entrer au grand jour. Quand le gouverneur de La Mecque, Dāwūd b. ʿĪsā b. Mūsā b. ʿAlī b. ʿAbd Allāh b. al-ʿAbbās, l’apprit, il s’enfuit de La Mecque en direction de l’Irak. Les gens restèrent alors sans imām. On demanda au muezzin de La Mecque, Aḥmad b. Muḥammad b. al-Walīd al-Azraqī, d’y diriger la prière, mais il s’y refusa. On s’adressa alors au cadi, Muḥammad b. ʿAbd al-Raḥmān al-Makhzūmī, qui se déroba en disant : « Au nom de qui lancer l’appel, alors que les représentants de l’autorité se sont enfuis ? » Les fidèles désignèrent alors quelqu’un parmi eux pour diriger les prières de ḍuhr et de ʿaṣr.
Lorsque Ḥusayn al-Afṭas apprit la nouvelle, il entra dans La Mecque avec dix hommes avant le coucher du soleil. Il effectua la circumambulation de la Kaʿba, puis se rendit de nuit à ʿArafa, dirigea la prière de fajr à Muzdalifa et accomplit le reste des rites durant les jours de Minā. Les fidèles quittèrent alors ʿArafa sans imām. Au cours de cette année mourut également Isḥāq b. Sulaymān.