Il l’emprisonna, puis le relâcha et lui fit promettre de ne plus boire de vin ni de ne plus s’approcher sexuellement de jeunes garçons. Il s’y conforma et cessa ces pratiques après que l’Amīn l’eut exhorté à la repentance. Il se forma auprès d’al-Kisā’ī et récita le Coran sous sa direction. Al-Khaṭīb rapporte, selon sa chaîne de transmission (1), un ḥadīth cité de sa part lorsqu’on lui présenta des condoléances pour un jeune serviteur à lui mort à La Mecque. Il déclara : « Mon père m’a rapporté d’après son père, d’après al-Manṣūr, d’après son père, d’après ‘Alī b. ‘Abd Allāh, d’après son père, qu’il a dit : “J’ai entendu le Messager de Dieu — paix et salut sur lui — dire : ‘Celui qui meurt en état d’iḥrām sera ressuscité en proclamant la talbiya’ (2).” »
Nous avons déjà mentionné ce qui se passa entre lui et son frère, à savoir désaccord et rupture, jusqu’à ce que cela aboutît à le déchoir de son rang et à le déposer, puis à le placer sous étroite surveillance, et enfin à son exécution. Il fut assiégé dans les dernières étapes, au point de devoir courtiser Harthama. On le jeta alors dans un bateau en feu, puis il en fut éjecté, et il nagea jusqu’à l’autre rive. Il entra chez un homme du peuple, où il se trouva dans un état extrême de peur, de confusion, de faim et de nudité. Cet homme l’exhorta à la patience et à l’imploration du pardon divin, et il s’y adonna un moment durant la nuit. Puis des émissaires envoyés par Ṭāhir b. al-Ḥusayn b. Muṣ‘ab survinrent à sa poursuite, franchirent la porte étroite en se bousculant et il se leva pour se défendre avec un simple coussin dans la main. Ils ne purent l’atteindre qu’après l’avoir fait trébucher, puis ils le frappèrent à la tête ou au flanc à coups d’épée, avant de l’égorger. Ils emportèrent ensuite sa tête et son corps pour les présenter à Ṭāhir, qui s’en réjouit grandement et ordonna que la tête fût exhibée au sommet d’une lance jusqu’au matin, près de la porte d’al-Anbār, afin que les gens la voient. Une foule nombreuse vint la contempler. Ṭāhir envoya la tête de l’Amīn, confiée à son cousin Muḥammad b. Muṣ‘ab, ainsi que le manteau, le bâton et la sandale — faite de feuilles de palmier matelassées. Celui-ci remit le tout à Dhū al-Riyāsatayn, qui l’apporta au Ma’mūn sur un bouclier. À cette vue, le Ma’mūn se prosterna et ordonna qu’un million de dirhams fût accordé à celui qui avait rapporté la tête.
À ce moment, Dhū al-Riyāsatayn, lorsqu’il remit la tête, attisa la critique contre Ṭāhir en disant : « Nous lui avions ordonné de l’amener captif, et il nous l’a envoyé gisant ! » Le Ma’mūn répliqua : « Ce qui est fait est fait. » Ṭāhir écrivit alors au Ma’mūn une missive où il décrivit ce qui s’était passé jusqu’à l’issue que l’on connaît. Lorsque l’Amīn fut tué, les troubles s’apaisèrent, les désordres prirent fin, et les gens vécurent dans la sécurité ; les cœurs se rassérénèrent. Ṭāhir entra à Bagdad un vendredi et y prononça un sermon éloquent, dans lequel il cita de nombreux versets coraniques, affirmant que Dieu accomplit Sa volonté et décrète ce qu’Il désire. Il exhorta les fidèles à l’unité, à l’obéissance et au maintien de la cohésion collective. Puis il retourna à son camp et ordonna que Zubayda fût transférée du palais d’Abū Ja‘far à celui d’al-Khuld. Elle sortit le vendredi 12 Rabī‘ al-Awwal de la même année. Il envoya ensuite Mūsā et ‘Abd Allāh, fils de l’Amīn, auprès de leur oncle le Ma’mūn en Khurāsān, ce qui s’avéra être une décision judicieuse.
Cinq jours après le meurtre de l’Amīn, un groupe de soldats se révolta contre Ṭāhir pour exiger le paiement de leurs soldes. Au moment des faits, il ne disposait pas des fonds nécessaires, si bien qu’ils se coalisèrent, se rassemblèrent et pillèrent une partie de ses biens. Ils crièrent : « Ô Mūsā ! Ô Manṣūr ! » en pensant que Mūsā b. l’Amīn, surnommé an-Nāṭiq, se trouvait sur place, alors qu’il avait déjà été envoyé auprès de son oncle. Ṭāhir se replia donc avec les chefs qu’il avait sous ses ordres, prêt à les combattre. Cela dit, ils revinrent vers lui, lui présentèrent des excuses et exprimèrent leurs regrets. Il leur accorda alors une solde de quatre