Il se consacrait aux jeux et aux beuveries, et priait peu. Ibn Jarîr (1) a rapporté une partie de sa biographie, notamment son goût prononcé pour l’acquisition de serviteurs noirs et d’eunuques, ses distributions d’argent et de pierreries, ainsi que son ordre de faire venir des divertissements et des chanteurs de tous les pays. Il ordonna également la construction de cinq grands bateaux de plaisance (ḥarrāqāt) façonnés à l’image d’un éléphant, d’un lion, d’un aigle, d’un serpent et d’un cheval, dépensant à cet effet des sommes considérables. Abû Nuwâs l’a loué dans un poème dont le sens est plus choquant encore que les actes mêmes de l’Amîn. Il y déclare au début :
« Dieu a mis au service de l’Amîn des montures
Qu’il n’a jamais accordées à l’homme du miḥrâb.
Et lorsque ses caravanes avancent sur la terre ferme,
Il vogue sur l’eau, chevauchant un lion de la jungle. »
(2) Il décrit ensuite chacun de ces bâtiments. L’Amîn s’appliqua à édifier de grandes constructions destinées aux plaisirs et à d’autres usages, en dépensant énormément d’argent, au point de susciter beaucoup de reproches.
Ibn Jarîr (3) raconte aussi qu’un jour, il s’assit dans un salon qu’il avait fait aménager dans le domaine d’al-Khuld, après y avoir dépensé d’importantes sommes. Il y fit disposer divers types de soieries et le dota de récipients en or et en argent. Il convoqua ses compagnons de beuverie et ordonna à la qohramâna (intendante) de lui préparer cent jeunes filles d’une grande beauté, et de les lui envoyer dix par dix pour chanter devant lui.
Lorsque les dix premières arrivèrent, elles entonnèrent d’une seule voix :
« Ils l’ont tué pour s’emparer de sa position,
Tout comme un jour les marzbans trahirent Chosroès. »
Furieux et contrarié, il frappa la première d’entre elles sur la tête avec sa coupe et ordonna de jeter l’intendante en pâture au lion, qui la dévora. Il fit alors venir dix autres jeunes filles ; elles chantèrent :
« Que celui qui se réjouit de la mort de Mâlik
Vienne voir nos femmes en plein jour ;
Il les trouvera la tête découverte, en train de le pleurer,
Se frappant avant que l’aube ne paraisse. »
Il les congédia aussitôt et en appela dix autres. Quand elles se présentèrent, elles entonnèrent d’une seule voix :
« Kulayb, par ma vie, était un soutien plus sûr
Et moins fautif que toi, même lorsqu’il fut baigné de sang. »
Il les chassa, se leva aussitôt et ordonna de démolir ce salon et de brûler tout ce qu’il contenait.
(4) Il est également rapporté qu’il était fort instruit, éloquent et poète, offrant des récompenses considérables pour la poésie. Son poète attitré était Abû Nuwâs, qui composa à son égard de beaux panégyriques. L’Amîn le trouva emprisonné du temps d’ar-Rashîd, aux côtés des hérétiques ; il le fit comparaître, le relâcha, lui octroya de l’argent et en fit l’un de ses compagnons de beuverie. Il l’emprisonna cependant à nouveau plus tard pour consommation de vin, et le maintint longtemps en détention.