Il portait un taylasan et fit venir ses deux enfants, qu’il embrassa et serra contre lui en disant : « Je vous confie à Dieu. » Puis il essuya ses larmes du revers de sa manche, enfourcha un cheval noir avec une bougie allumée devant lui et, lorsqu’il parvint auprès de Harthama, celui-ci l’honora et le magnifia. Ils montèrent ensemble dans une harrâqa (embarcation) sur le Tigre. Cette nouvelle parvint à Tâhir, qui s’en irrita et déclara : « C’est moi qui ai accompli tout cela, et voilà qu’il s’en va vers quelqu’un d’autre, attribuant ce succès à Harthama ? » Il les poursuivit alors qu’ils se trouvaient dans la harrâqa, et ses hommes la firent chavirer, noyant ceux qui s’y trouvaient. Toutefois, Muhammad al-Amîn parvint à nager jusqu’à l’autre rive, où il fut capturé par certains soldats. L’un d’eux en informa Tâhir, qui dépêcha aussitôt des troupes persanes. Celles-ci se rendirent à la maison où il s’était réfugié.
Là, il se trouvait en compagnie d’un de ses proches à qui il disait : « Approche-toi de moi, je ressens une grande solitude. » Il s’enveloppait fermement dans ses vêtements, son cœur battant si fort qu’on aurait cru qu’il allait sortir de sa poitrine. Lorsque ces hommes firent irruption, il s’exclama : « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. » L’un d’eux s’avança et le frappa de son épée au sommet du crâne. Il se mit alors à dire : « Malheur à vous ! Je suis le cousin du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), le fils de Hârûn et le frère d’al-Ma’mûn. Par Dieu, par Dieu, épargnez mon sang ! » Mais ils n’y prêtèrent aucune attention. Ils l’assaillirent de toutes parts et l’égorgèrent par derrière alors qu’il était face contre terre. Ils emportèrent sa tête à Tâhir et abandonnèrent son cadavre. Le lendemain matin, ils revinrent, le déposèrent sur une selle de cheval et l’emportèrent. Cela se déroula dans la nuit du dimanche, quatre jours après le début du mois de Safar de cette année.
Quelques éléments de sa biographie (1) : Il s’agit de Muhammad al-Amîn, fils de Hârûn al-Rachîd, lui-même fils de Muhammad al-Mahdî, fils d’Abû Ja‘far al-Manṣûr ‘Abd Allâh ibn Muḥammad ibn ‘Alî ibn ‘Abd Allâh ibn al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muṭṭalib. Son nom honorifique était Abû ‘Abd Allâh (selon certains, Abû Mûsâ), de la famille hachémite abbasside. Sa mère était Umm Ja‘far Zubayda, fille de Ja‘far ibn Abî Ja‘far al-Manṣûr. Il naquit à ar-Ruṣâfa en l’an 170 de l’Hégire.
Abû Bakr ibn Abî al-Dunyâ rapporte (2) qu’‘Abbâs ibn Hishâm, citant son père, indiqua qu’il naquit au mois de Shawwâl de l’année 170. Il accéda au califat à Madînat as-Salâm (Bagdad) treize nuits avant la fin de Jumâdâ al-Âkhira de l’an 193 (selon une autre version, la nuit du dimanche, cinq jours avant la fin de Muḥarram). Il fut tué en l’an 198, mis à mort par Quraysh ad-Dandânî, qui apporta sa tête à Tâhir ibn al-Ḥusayn, lequel la dressa sur une lance en récitant ce verset : « Dis : “Ô Dieu, Souverain de toute royauté…” » [Âl ‘Imrân, 26]. Son règne dura quatre ans, sept mois et huit jours. Il était de grande taille, d’aspect corpulent, à la peau claire, au nez aquilin, aux yeux petits, aux épaules larges et écartées. Certains l’accusèrent d’être excessivement