Alors qu’il se trouvait dans la cité d’Abou Jaʿfar, la majorité des gens qui l’accompagnaient se dispersèrent en chemin, chacun fuyant sans se soucier d’autrui, jusqu’à ce qu’il parvînt au palais d’Abou Jaʿfar. Il quitta ensuite le palais d’al-Khuld, car il essuyait trop fréquemment des tirs de catapulte. Il ordonna alors de brûler tout ce qui s’y trouvait en matière de mobilier, de tapis, d’objets et autres biens. On le plaça ensuite sous un siège très strict. Dans cette détresse et cette pression, alors qu’il était sur le point de périr, il sortit un soir au clair de lune sur la rive du Tigre. Il demanda qu’on lui apportât du vin et qu’une esclave vînt chanter pour lui ; mais elle n’arriva pas à faire vibrer sa voix autrement que par des complaintes de séparation et des évocations de la mort. Il disait : « Autre chose ! » Elle s’efforça de trouver un chant différent, jusqu’à ce qu’elle entonnât finalement :
« Par le Seigneur du calme et du mouvement,
En vérité, la mort est riche en pièges.
Tant que la nuit et le jour se succéderont,
Tant que tourneront les astres au firmament,
Ce n’est que pour faire passer le pouvoir
d’un roi égaré, attaché au monde, à un autre roi.
(1)
Et le règne de Celui qui détient le Trône demeure à jamais,
Il n’est ni périssable ni partageable.
(2) »
Alors il l’injuria et la chassa de sa présence. En se retirant, elle buta contre un gobelet de cristal qu’elle brisa, et il y vit un mauvais présage. Quand elle s’en fut allée, il entendit un cri s’élever : « L’affaire sur laquelle vous cherchez un avis est désormais tranchée » (Coran 12 :41). Il dit à son compagnon : « Malheur à toi, n’entends-tu pas ? » Mais celui-ci tendit l’oreille sans percevoir quoi que ce fût. Le même appel se fit alors entendre de nouveau. Peu de temps après, une nuit ou deux plus tard, il fut tué le quatrième jour de Ṣafar, un dimanche.
Il subit lors de ce siège de grandes épreuves et de fortes privations, au point qu’il ne lui restait plus rien à manger ni à boire. Un soir, il ne réussit à obtenir qu’un simple morceau de pain et un poulet, et encore après une extrême difficulté. Puis il demanda de l’eau ; on ne put lui en fournir. Il passa donc la nuit assoiffé et, à l’aube, il fut mis à mort avant même d’avoir pu se désaltérer.
Concernant sa mise à mort :
Lorsque la situation devint critique, les émirs, les serviteurs et les soldats encore présents auprès de lui se réunirent pour délibérer. Certains proposèrent : « Pars avec ceux qui te restent pour la Jazīra ou le Shām (Grande Syrie), afin de rassembler des fonds et de recruter des hommes. » D’autres dirent : « Va trouver Ṭāhir, demande-lui la garantie de ta sécurité et prête allégeance à ton frère. Alors, ton frère disposera pour toi de ce qui suffira à tes besoins et à ceux de ta famille en ce monde, et tu obtiendras la tranquillité et le repos auxquels tu aspires. » D’autres encore clamèrent : « En réalité, Harthama serait plus indiqué pour te garantir sa protection ; c’est votre proche, et il sera plus clément envers toi. » Il pencha pour cette dernière proposition. Ainsi, dans la nuit du dimanche 4 Ṣafar, après la prière de la nuit, il convint avec Harthama de sortir le rejoindre, puis revêtit les habits du califat.