Il les délogea ainsi de leurs positions et récupéra auprès d’eux Harthama et un groupe parmi les compagnons de celui-ci qu’ils avaient capturés. Cela affligea grandement Muḥammad al-Amīn, qui composa à ce sujet :
« Un malheur m’a frappé : le plus brave des deux ordres de la création par le courage… Quand le temps s’éternise, il ne s’y prolonge point de la même manière.
Il a, auprès de tout être doté d’un corps, un vigilant… qui l’observe et sait ce qu’il dit.
Il n’omet rien par pure obstination… lorsque l’homme insouciant néglige l’affaire. »
L’autorité d’al-Amīn s’affaiblit considérablement : il ne lui resta plus de quoi dépenser ni pour ses troupes ni pour lui-même. La plupart de ses partisans l’abandonnèrent et il se retrouva persécuté, humilié. Puis cette année s’acheva entièrement tandis que les gens, à Bagdad, vivaient dans l’agitation, les secousses, les troubles d’opinion, les combats, les incendies et les vols. « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous revenons. » Bagdad sombra dans le désordre, à tel point qu’il ne restait plus personne pour se porter au secours d’autrui, comme cela se produit lors des temps de discorde.
Cette année-là, le pèlerinage fut dirigé par al-ʿAbbās ibn Mūsā ibn ʿĪsā al-Hāshimī, qui invoqua la bénédiction en faveur d’al-Maʾmūn. Au cours de la même période, s’éteignirent de nombreux notables : Shuʿayb ibn Ḥarb, l’un des ascètes ; ʿAbd Allāh ibn Wahb, grand imam des provinces égyptiennes ; ʿAbd al-Raḥmān ibn Mus-hir, frère de ʿAlī ibn Mus-hir ; ʿUthmān ibn Saʿīd, surnommé Warsh, l’un des célèbres lecteurs transmettant la récitation de Nāfiʿ ibn Abī Nuʿaym ; et Wakīʿ ibn al-Jarrāḥ al-Ruʾāsī, éminent spécialiste du ḥadīth, qui mourut à l’âge de soixante-six ans.
[Puis vint l’an 198 de l’Hégire] : cette année-là, Khuzayma ibn Khāzim fit défection à l’égard de Muḥammad al-Amīn et obtint la garantie de sécurité de Ṭāhir. Harthama ibn Aʿyan pénétra depuis la rive orientale. Le mercredi, au huitième jour de Muḥarram, Khuzayma ibn Khāzim et Muḥammad ibn ʿAlī ibn ʿĪsā survinrent au pont de Bagdad, le coupèrent et y plantèrent leur bannière. Ils appelèrent à prêter serment d’allégeance à ʿAbd Allāh al-Maʾmūn et à destituer Muḥammad al-Amīn. Le jeudi, Ṭāhir entra par le côté oriental, dirigea lui-même les combats et proclama la sécurité à quiconque resterait chez soi. Il y eut alors des affrontements dans les environs de la Dār al-Raqīq, du quartier d’al-Karkh et ailleurs. Les troupes encerclèrent la cité d’Abū Jaʿfar, la résidence d’al-Khuld et le palais de Zubayda ; elles y installèrent des catapultes autour de l’enceinte et en face du palais de Zubayda et le bombardèrent. C’est alors qu’al-Amīn sortit avec sa mère et son enfant