‘Abd Allāh ibn Marzūq (1), Abū Muḥammad l’ascète, fut ministre auprès d’ar-Rachīd. Il renonça à tout cela, se retira de la vie mondaine et recommanda, avant de mourir, qu’on le dépose sur un tas d’ordures pour que Dieu, peut-être, lui fasse miséricorde.
Abū ach-Chīṣ le poète (2), de son nom Muḥammad ibn Razīn ibn Sulaymān (3), trouvait qu’il était plus facile pour lui de déclamer, de composer et de versifier des poèmes que de boire de l’eau. C’est ce qu’ont rapporté Ibn Khallikān et d’autres (5). Il avait pour compagnons le poète Muslim ibn al-Walīd, surnommé Ṣarī‘ al-Ghawānī, Abū Nuwās et Di‘bil, avec qui il se réunissait pour se réciter mutuellement leurs œuvres. Abū ach-Chīṣ perdit la vue à la fin de sa vie.
Voici parmi ses vers célèbres :
« Le désir m’a arrêté à l’endroit où tu es, sans que je puisse ni reculer ni avancer.
Je trouve délicieuse la réprimande à propos de mon amour pour toi, par l’attachement que j’ai à ton souvenir ; que ceux qui veulent me blâmer m’accablent donc de leurs reproches !
Tu as fini par ressembler à mes ennemis, si bien que je les aime maintenant, puisque mon sort auprès de toi est identique à celui que j’ai auprès d’eux.
Tu m’as humilié, et je me suis humilié de moi-même en toute soumission ; car nul que tu méprises ne peut être honoré. » (6)
[Ensuite vint l’année 197 (de l’Hégire)]
Cette année commença alors que Ṭāhir ibn al-Ḥusayn et Harthama ibn A‘yan, avec leurs hommes, poursuivaient le siège de Bagdad et resserraient l’étau autour d’al-Amīn. Al-Qāsim ibn ar-Rachīd et son oncle Manṣūr ibn al-Mahdī s’enfuirent vers al-Ma’mūn, qui les accueillit avec honneur et investit son frère al-Qāsim du gouvernement de Jurjān. Le siège de Bagdad s’intensifia ; on y dressa des catapultes et des mangonneaux. Al-Amīn se trouva rapidement acculé, à court de fonds pour son armée ; il dut donc faire frapper des dirhams et des dinars à partir des vaisselles d’or et d’argent qu’il possédait. Un grand nombre de ses soldats désertèrent pour rallier Ṭāhir. Beaucoup d’habitants de la ville périrent, et de nombreuses richesses appartenant aux marchands furent saisies. Al-Amīn envoya alors incendier plusieurs palais et demeures illustres, richement décorés, ainsi que divers endroits et quartiers, lorsqu’il vit dans ce geste