Les subordonnés prirent le dessus sur leurs supérieurs et se révoltèrent contre l’Amin le sixième jour de Dhu al-Hijja. Alors, certains habitants de Bagdad déclarèrent :
« Dis à l’Amin de Dieu en son for intérieur :
Rien n’a dispersé l’armée sinon l’excès.
Et Tâhir – que mon âme lui soit rançon –
Soutenu par ses missives et son équipement suffisant,
Voit désormais le pouvoir entre ses mains,
Combattant le groupe rebelle.
Ô parjure, ta fourberie t’a trahi,
Tes vices, dans ta perversité, sont apparus au grand jour.
Voici le lion qui t’arrive avec ses assauts,
Enragé au milieu de lions féroces.
Fuis, car il n’est pas d’échappatoire à sa force,
Si ce n’est le feu ou l’abîme. »
Alors la cohésion de l’Amin se désagrégea et il fut désemparé. Ibn al-Husayn arriva avec ses troupes et s’installa à la porte d’al-Anbâr un mardi, le douzième jour de Dhu al-Hijja. La situation devint difficile pour les habitants de la ville : les bandits et les malfaiteurs terrorisèrent les gens pieux, les demeures furent dévastées et la discorde se propagea parmi la population, jusqu’à ce que le frère combatte son frère pour des divergences de tendance, et le fils s’attaque à son père. D’immenses maux se produisirent, les passions s’exacerbèrent et la corruption comme les tueries se multiplièrent au sein de la ville.
Cette même année, c’est ‘Abbâs ibn Mûsâ ibn ‘Îsâ al-Hâshimî qui mena les fidèles au pèlerinage pour le compte de Tâhir. Il invoqua la succession califale du Ma’mûn à La Mecque et à Médine, marquant ainsi la première saison du pèlerinage où l’on appela en sa faveur.
Pendant cette année, décédèrent :
• Baqiyyah ibn al-Walîd al-Himsi (1), l’imam des gens de Hims, leur juriste et leur transmetteur de hadith.
• Hafs ibn Ghiyâth, le juge (2), qui vécut au-delà de quatre-vingt-dix ans. Lorsque sa fin approchait, l’un de ses proches se mit à pleurer. Il lui dit : « Ne pleure pas. Par Dieu, je n’ai jamais dénoué ma ceinture pour un acte illicite, et jamais, lorsqu’un litige fut tranché en ma présence, je ne me suis soucié de savoir contre qui la décision tombait, qu’il s’agisse d’un proche ou d’un lointain, d’un roi ou d’un simple sujet. »