Dans une de ses versions, on rapporte qu’il a dit : « Dieu m’a pardonné grâce à des vers que j’avais composés, lesquels se trouvaient sous mon oreiller. Ils s’y rendirent et trouvèrent ces vers, écrits de sa main sur un feuillet :
Ô mon Seigneur, si mes péchés sont devenus lourds par leur multitude,
J’ai bien su que Ton pardon est bien plus grand encore.
(Ces vers avaient déjà été mentionnés [1].)
Dans une autre version rapportée par Ibn ‘Asâkir [2], l’un d’entre eux raconte : « Je l’ai vu en rêve avec une belle apparence et jouissant d’une immense faveur. Je lui ai demandé : “Qu’est-ce que Dieu a fait de toi ?” Il a répondu : “Il m’a pardonné.” J’ai repris : “Comment cela, alors que tu t’étais toi-même compromis ?” Il a dit : “Un homme pieux vint un soir au cimetière, étendit son manteau et accomplit deux unités de prière, dans lesquelles il récita deux mille fois : “Dis : Il est Dieu, l’Unique.” Puis il offrit la récompense aux habitants de ce cimetière, et j’ai été inclus parmi eux ; Dieu m’a alors pardonné.” »
Ibn Khallikân [3] relate que les premiers vers composés par Abou Nuwwâs, après qu’il eut accompagné Abou Ousâma Wâliba ibn al-Hubâb, sont :
Celui qui porte la passion est épuisé… l’enthousiasme l’agite ;
S’il pleure, c’est à bon droit… car ce qui l’accable n’a rien d’un jeu.
Tu ris, insouciante, tandis que l’amoureux sanglote,
Tu t’étonnes de ma souffrance… c’est plutôt ma bonne santé qui devrait surprendre.
[4]
Al-Ma’mûn déclara : « Comme ces mots sont beaux :
Les hommes ne sont que des êtres voués à périr, fils de ceux qui ont péri,
Même celui qui se targue de noble origine est enraciné dans la destinée des disparus.
Si l’homme avisé met ce monde à l’épreuve, il s’avère être un ennemi sous le masque d’un ami. »
[5]
Ibn Khallikân [6] souligne par ailleurs l’immense espoir que le poète plaçait en son Seigneur lorsqu’il dit :
Multiplie tant que tu peux les péchés,
Tu rencontreras un Seigneur tout pardonneur.
Quand tu te présenteras à Lui, tu verras Son indulgence
Et découvriras un Souverain puissant et suprême.
Tu te mordras alors les doigts de regret pour tout ce que
Tu avais renoncé à commettre, par crainte du feu dévastateur.
[7]