Al-Azraq, le traditionniste, me raconta — d’après … Shimr et ‘Awf, au nom d’Ibn Mas‘ud — ceci :
(1)
« Nul ne rompt la promesse hormis la mécréante…
Et le mécréant, enchaîné dans la Géhenne. »
Lorsqu’Ishaq ibn Youssouf al-Azraq l’apprit, il s’exclama :
« L’ennemi de Dieu a menti à mon sujet, au sujet des Successeurs et des Compagnons de Muhammad (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). »
On a rapporté également, selon Soulaym ibn Mansour ibn ‘Ammar :
« J’ai vu Abou Nouwâs dans le cercle d’assemblée de mon père, en pleurs, versant de chaudes larmes. Je lui dis : “J’espère que Dieu ne te châtiera pas après de telles larmes.” Alors il récita :
Je n’ai pas pleuré dans l’assemblée de Mansour
Par désir du Paradis ni des houris,
Ni par crainte de la tombe et de ses terreurs,
Ni de la Soufflante et de son effroi,
Ni devant le Feu et ses fers,
Ni la déchéance ou l’injustice ;
Mais j’ai pleuré pour les larmes d’une gazelle,
Que je préserve de toute crainte.
(2) Puis il ajouta :
“En vérité, j’ai pleuré à cause des pleurs de ce jeune imberbe, assis près de ton père. Il était d’une grande beauté, écoutait l’exhortation et pleurait par crainte de Dieu.”
Abou Nouwâs raconta encore :
“Un jour, l’un des tisserands m’invita chez lui et insista tant que je finis par accepter. Nous arrivâmes à sa maison, qui s’avéra fort convenable. Le tisserand avait préparé un repas copieux et rassemblé plusieurs de ses confrères. Nous mangeâmes et bûmes, puis il me dit :
‘Ô mon maître, j’aimerais que tu composes quelques vers au sujet de ma servante’ — il était épris d’elle. Je lui répondis : ‘Montre-la-moi, afin que j’exalte sa beauté et sa silhouette.’ Il la dévoila, et voilà qu’elle se trouvait être la créature la plus laide que Dieu ait façonnée, la plus sinistre : noire, aux cheveux grisonnants, couverte de vermine (3), bavant sur sa poitrine. Je demandai alors : ‘Quel est son nom ?’ Il répondit : ‘Tasnîm.’ Je me mis aussitôt à déclamer :
Mon amour pour Tasnîm me tient éveillé la nuit,
Une servante au charme de chouette !
Son haleine évoque un condiment aigre
Ou un lourd bouquet d’ail.
Elle lâcha un pet, mue par l’amour que j’ai pour elle,
Effrayant jusque le roi de Byzance.”