Ibn Durayd déclara : « Abu Hâtim a dit : “Si le commun des gens remplaçait ces deux vers, je les aurais recopiés à l’encre d’or (1) :
‘Et si je te réclamais plus encore que ma propre affliction, tu ne trouverais rien à ajouter,
Et si l’on offrait ma vie aux morts, avec une existence semblable à la mienne, ils la refuseraient.’
Abu Nuwâs entendit également le récit transmis par Suhayl, d’après Abû Sâlih (2), d’après Abû Hurayra, selon lequel le Messager de Dieu (ﷺ) a dit :
“Les cœurs sont des armées rangées : ceux qui se reconnaissent s’accordent, et ceux qui ne se reconnaissent pas divergent.” (3)
Abu Nuwâs mit cela en vers dans un poème et dit :
‘Certes, les cœurs sont des armées en ce monde disposées par Dieu, et l’on s’y reconnaît par les inclinations ;
Ce qui y est étranger demeure en opposition, et ce qui s’y reconnaît vit en concorde.’ (4)
Un jour, Abu Nuwâs se rendit, en compagnie de plusieurs traditionnistes (muhaddithîn), auprès de ‘Abd al-Wâhid ibn Ziyâd ; ce dernier leur dit alors : “Que chacun de vous choisisse dix hadiths que je lui transmettrai.” Chacun en sélectionna dix, à l’exception d’Abu Nuwâs, à qui ‘Abd al-Wâhid demanda :
— Pourquoi ne choisis-tu pas, comme les autres ?
Abu Nuwâs se mit alors à réciter :
‘En vérité, nous avons rapporté
De Sa‘îd, d’après Qatâda,
Au sujet de Sa‘îd ibn al-Musayyib,
Puis d’Ibn ‘Ubâda, (5)
De al-Sha‘bî — ce cheikh à la forte expertise —,
Et nous le transmettons de la part des plus vertueux et des gens de sciences bénéfiques :
Que celui qui meurt en état d’amour
Obtient la récompense du martyre.’ (6)