Le veau véritable poussait un beuglement. Et l’on dit : « Il s’était transformé en un veau fait de chair et de sang, bien vivant, qui beuglait. » C’est l’opinion de Qatada et d’autres. On a également dit : « Lorsque le vent entrait par son derrière, il ressortait par sa bouche et émettait ainsi un beuglement semblable à celui de la vache. » Alors les gens se mirent à danser et à se réjouir autour de lui, et ils dirent : « C’est là votre dieu et le dieu de Moïse, il a donc oublié ! » C’est-à-dire : « Moïse a oublié son Seigneur, Il est auprès de nous, tandis que Moïse est parti Le chercher ailleurs. » Exalté soit Dieu, bien au-dessus de ce qu’ils affirment (1), Ses Noms et Ses Attributs sont sanctifiés, Ses bienfaits et Ses promesses se sont multipliés.
Dieu – qu’Il soit exalté – déclara la fausseté de ce qu’ils prétendaient et de ce sur quoi ils s’appuyaient pour ériger cette chose en divinité, alors que tout ce qu’elle pouvait être au mieux, c’est un simple animal dépourvu de raison et un démon maudit : « Ne voient-ils donc pas qu’il ne leur répond pas et n’a aucun pouvoir de leur nuire ou de leur être utile ? » Et Il dit aussi : « Ne voient-ils pas qu’il ne leur parle pas et ne les guide pas sur le droit chemin ? Ils l’ont adopté [comme divinité], alors qu’ils étaient injustes. » Il est ainsi rappelé que cet animal ne parle pas, ne répond à aucune question, ne détient pour eux ni mal ni bien et ne les guide point vers la droiture. Pourtant, ils l’adoptèrent, étant injustes envers eux-mêmes, sachant intérieurement la vanité de ce qu’ils faisaient en termes d’ignorance et d’égarement.
« Et quand ils se rendirent compte (وَلَمَّا سُقِطَ فِي أَيْدِيهِمْ) », c’est-à-dire qu’ils eurent du remords pour ce qu’ils avaient commis, « et virent qu’ils s’étaient égarés, ils dirent : “Si notre Seigneur ne nous fait pas miséricorde et ne nous pardonne pas, nous serons certainement du nombre des perdants.” »
Lorsque Moïse – sur lui la paix (– paix sur lui –) – revint auprès d’eux et vit qu’ils adoraient le veau, il portait avec lui les Tablettes contenant la Torah ; il les jeta. On dit qu’il les brisa. C’est également ce que rapportent les Gens du Livre (2), et que Dieu les lui remplaça par d’autres. Le texte coranique ne l’indique pas explicitement, si ce n’est qu’il les jeta en voyant ce qu’il voyait. Selon les Gens du Livre, il s’agissait de deux Tablettes (3), alors que le texte coranique laisse entendre qu’il y en avait plusieurs. Il ne fut pas ébranlé simplement par la nouvelle de la part de Dieu à propos de l’adoration du veau, mais reçut l’ordre (4) de le constater de ses propres yeux. C’est pour cela qu’il est venu dans le hadith rapporté par l’imam Ahmed (6) et Ibn Hibban (7), d’après Ibn ‘Abbâs, que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « L’information n’est pas semblable au fait de voir de ses propres yeux. »
Puis [Moïse] se tourna vers eux et les réprimanda sévèrement, les blâma et condamna l’atrocité de leur acte. Ils tentèrent de s’excuser par un argument infondé : « On nous avait imposé de porter les fardeaux provenant des parures du peuple, nous les avons alors jetés et le Samaritain a fait de même. » Ils se montrèrent scrupuleux à l’idée de posséder les bijoux du peuple de Pharaon, pourtant ce dernier était un ennemi qu’ils avaient combattu, et Dieu leur avait permis de prendre ce butin. Mais par ignorance, faiblesse de savoir et de raison, ils ne trouvèrent pas répréhensible d’adorer le veau de chair qui beuglait, en lieu et place du Dieu Unique, l’Absolu, le Tout-Puissant.
Moïse se tourna ensuite vers son frère Aaron – sur lui la paix (– qu'Allah lui fasse miséricorde –) – en lui disant : « Ô Aaron, qu’est-ce qui t’a empêché, quand tu les as vus s’égarer (20:92), de me suivre ? » Autrement dit : « Pourquoi, lorsque tu as vu ce qu’ils avaient fait, ne m’as-tu pas suivi pour m’en informer ? » Aaron répondit : « J’ai craint que tu ne dises : “Tu as causé la division entre les Enfants d’Israël…” » (20:94).