Nous avons déjà indiqué qu’il ordonna que sa tombe fût creusée de son vivant, et qu’une lecture complète (du Coran) y fût récitée (1). Puis on le porta jusqu’à ce qu’il la vît. Alors il se mit à dire : « C’est donc ici que tu viens, ô fils d’Adam ! », et il pleurait. Il ordonna ensuite qu’on élargît la place au niveau de sa poitrine et qu’on l’allongeât du côté de ses pieds. Puis il récita : « (28) Mon bien ne m’a servi à rien, (29) Mon autorité est anéantie » [Al-Haqqa : 28-29], et il pleura (2).
On rapporte qu’au moment de l’agonie, il s’écria : « Ô Dieu, fais-nous profiter de l’excellence (al-ihsân) et pardonne-nous nos fautes (al-issâ’ah) ! Ô Toi qui ne meurs pas, aie pitié de celui qui meurt ! » On dit qu’il fut atteint d’une maladie du sang, et selon d’autres, de la tuberculose. Jibrîl, le médecin, taisait la nature de son mal. Alors ar-Rachîd ordonna à un homme de prendre son urine dans un flacon et de la montrer à Jibrîl, sans préciser de qui elle provenait. Et s’il demandait : « À qui appartient ce prélèvement ? », l’homme répondrait : « C’est l’urine d’un malade parmi nous. » Lorsque Jibrîl la vit, il dit à l’un des hommes présents : « C’est semblable à l’urine de cet homme-là. » Celui qui portait le flacon comprit de qui il s’agissait et lui dit : « Au nom de Dieu, informe-moi de l’état de santé du détenteur de cette urine, car je lui ai prêté de l’argent. S’il y a encore de l’espoir pour lui, je patienterai ; sinon je reprendrai mon bien. » Jibrîl répondit : « Retourne récupérer ce qui te revient, car il ne lui reste que quelques jours à vivre. » Lorsque l’homme revint et fit son rapport à ar-Rachîd, celui-ci envoya chercher Jibrîl, mais celui-ci se cacha jusqu’à ce que ar-Rachîd mourût.
Quant à ar-Rachîd, dans cet état, il composa ces vers :
« Je réside à Tûs, faute d’y avoir un proche,
Et j’espère en mon Seigneur pour ce qui m’arrive, car Il est Miséricordieux à mon égard.
C’est son décret inéluctable qui m’a conduit à Tûs.
Il ne me reste qu’à l’agréer, à patienter et à m’en remettre à Lui.
»
Il mourut à Tûs un samedi, le troisième jour de Jumâdâ al-Âkhirah de l’an 193 de l’Hégire. D’autres affirment qu’il mourut durant Jumâdâ al-Ûlâ, ou encore en Rabî‘ al-Awwal. Il avait alors quarante-cinq ans – certains disent quarante-sept, d’autres quarante-huit ans – et son califat avait duré vingt-trois ans, un mois et dix-huit jours. Selon une autre version, ce fut vingt-trois ans et trois mois. Son fils Sâlih fit la prière funéraire sur lui. Il fut ensuite inhumé dans un village des environs de Tûs, appelé Sanâbâd (3).
Quelqu’un raconta : « J’ai lu, sur les tentes d’ar-Rachîd à Sanâbâdh, alors que les gens repartaient de Tûs après sa mort :
Les demeures de l’armée sont restées peuplées,
Mais la plus grande demeure est à présent déserte !
Le calife de Dieu gît dans la demeure de l’usure du temps,
Sur sa tombe, le vent soulève la poussière (4) !
Les caravanes étaient venues fières de lui,
Et elles sont reparties en le pleurant (5) ! »