Dites-lui : « Ce n’est pas l’égarement qui nous a poussés au départ, mais nous avons voyagé à dessein pour vous rencontrer. Demain, nombreux seront ceux qui pleureront, parmi nous et parmi vous ; et ma demeure s’éloignera encore davantage des vôtres. »
Il dit : Elle chanta alors ces vers. Puis les serviteurs le pressèrent, et il but une autre mesure. Il poursuivit : « Chante, que je sois sacrifié pour toi : “Nos yeux parlent en silence sur nos visages… nous nous taisons, et c’est l’amour qui s’exprime. Parfois, nous nous mettons en colère, puis nous nous réconcilions d’un simple regard… et nul ne sait ce qui se passe entre nous.” »
Il ajouta : Elle chanta à nouveau, puis il but une troisième mesure et dit : « Chante, que Dieu fasse de moi ton sacrifice : “Notre séparation fut le meilleur moment que nous ayons connu… le destin nous a trahis, même si nous ne l’avons jamais trahi. Si seulement ce temps pouvait revenir un jour, ne serait-ce que pour nous rendre ce que nous étions jadis…” »
Il raconta : Alors, le jeune homme se leva, grimpa sur une marche, puis se précipita du haut, tête la première, et mourut. Al-Rachîd dit : « Il s’est trop hâté ; par Dieu, s’il ne s’était pas hâté, je la lui aurais donnée. » (4)
Les vertus et la générosité d’Al-Rachîd sont immenses ; les imams en ont relaté bien des aspects, et nous en avons mentionné ici un exemple édifiant. Al-Fudayl ibn ‘Iyâd disait : « La mort de nul autre ne nous affligerait davantage que celle d’Al-Rachîd, car je crains ce qui surviendra après lui. Je prie Dieu de prolonger sa vie en prélevant sur la mienne. » Ils rapportent que, lorsque Al-Rachîd mourut, surgirent alors les discordes, les épreuves et les dissensions. Parut aussi l’opinion selon laquelle le Coran aurait été créé, et nous comprîmes alors ce que redoutait Al-Fudayl.
Il avait déjà eu cette vision de la main et de la terre rouge, tandis qu’une voix disait : « Voici la terre de l’Émir des croyants. » C’est ainsi qu’il mourut à Tûs. Ibn ‘Asâkir (5) rapporte qu’Al-Rachîd vit en rêve quelqu’un déclarant : « Il me semble que les habitants de ce palais ont péri… », un poème qu’il avait entendu jusqu’à sa fin. Or, il fut rapporté précédemment que c’était plutôt son frère Mûsâ al-Hâdî et son père Muhammad al-Mahdî qui l’avaient vu, et Dieu sait mieux (6).