Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

L’amour erra parmi tous les serviteurs de Dieu, jusqu’à ce qu’il passa près de moi au milieu d’eux et s’arrêta. Alors al-‘Abbâs dit au Calife : « Ô Commandeur des croyants, tes vers sont plus délicats que tout ce qui vient d’être cité :

“Ne te suffit-il pas de me posséder,
alors que tous les gens sont mes serviteurs ?
Et quand bien même tu me couperais la main et le pied,
je dirais par amour : ‘Tu as bien fait, continue !’” »

Harûn ar-Rachîd se mit alors à rire et trouva cela fort plaisant.

Parmi les poèmes composés par ar-Rachîd à propos de trois de ses concubines favorites, on cite ces vers :

“Les trois jeunes femmes ont conquis ma volonté
et se sont installées dans chaque recoin de mon cœur.
Comment se fait-il que toute la création m’obéisse,
tandis que je leur obéis, alors qu’elles se rebellent contre moi ?
Cela n’advient que parce que la souveraineté de la passion
gratifiée par laquelle elles ont gagné en force est plus grande que mon propre pouvoir.”

L’auteur du « ‘Iqd » rapporte également (1) :

“Elle manifeste l’éloignement tout en cachant son amour — elle est amoureuse…
L’âme s’en satisfait, tandis que son regard reste courroucé.”

Ibn Jarîr et d’autres ont mentionné qu’il y avait, dans la demeure d’ar-Rachîd, quatre mille jeunes femmes — servantes et concubines — ainsi que leurs propres domestiques, ceux de son épouse et de ses sœurs. Un jour, elles se présentèrent toutes devant lui, et certaines d’entre elles le divertirent par leurs chants ; il en fut si ému qu’il ordonna de répandre de l’argent sur elles. Chacune reçut ce jour-là trois mille dirhams. Ibn ‘Asâkir le raconte également (2).

On rapporte en outre (3) qu’il acheta une jeune esclave de Médine dont il tomba sous le charme, au point d’ordonner d’appeler ses maîtres et tous ses proches pour combler leurs besoins. Quatre-vingts personnes se présentèrent à lui. Il ordonna alors à son chambellan — al-Fadl ibn ar-Rabî‘ — de les accueillir et d’inscrire leurs requêtes. Parmi eux se trouvait un homme demeuré à Médine parce qu’il aimait cette même jeune esclave : celle-ci le fit demander et il vint.

Al-Fadl lui demanda : « Quelle est ta demande ? » Il répondit : « Je souhaite que le Commandeur des croyants me fasse asseoir avec cette jeune femme, afin que je boive trois mesures de vin et qu’elle me chante trois airs. » Al-Fadl s’exclama : « Serais-tu fou ? » L’homme répliqua : « Non, mais porte ma requête au Commandeur des croyants. » Al-Fadl transmit le message à ar-Rachîd, qui ordonna de l’amener en sa présence et de faire asseoir la jeune esclave avec lui, de sorte que le calife puisse les voir sans qu’eux puissent le voir. Elle s’assit sur un siège, entourée de ses serviteurs, et on installa l’homme sur un autre siège. Il but alors une première mesure et lui dit : « Chante-moi :

‘Ô mes deux compagnons, arrêtez-vous, que Dieu vous bénisse,
même si Hind ne se trouve pas en votre contrée pour y résider…’ »

(1) Il s'agit d'Ibn ʿAbd Rabbih dans son ouvrage al-ʿAqd, et certains lui attribuent le nom « al-ʿAqd al-Farīd » ; voir Kashf al-Ẓunūn (2/1149). (2) Voir Mukhtaṣar Tārīkh Ibn ʿAsākir d'Ibn Manẓūr (27/32, 33). (3) Ibn ʿAsākir, voir Mukhtaṣar Tārīkh d'Ibn Manẓūr (27/34, 35).
طاف الهوَى في عبادِ اللَّه كلِّهم … حتى إذا مرَّ بي من بينهم وَقَفا فقال له العباس: فقولك يا أميرَ المؤمنين أرَقُّ من هذا كُلِّه: أما يَكْفيكِ أنّكِ تَمْلِكيني … وأنَّ النَّاسَ كلَّهُمُ عَبِيدي وأنك لو قطعتِ يَدِي ورِجْلي … لقلتُ من الهوى أحسنتِ زِيدي قال: فضحك الرشيد وأعجبه ذلك. ومن شعر الرشيد في ثلاثِ حظِيَّاتٍ كُنَّ عندَهُ من الخواصّ قولُه: مَلَكَ الثلاثُ الناشئاتُ عِنَاني … وحَلَلْنَ من قلبي بكلِّ مَكَانِ مالي تطاوِعُني البريَّةُ كلُّها … وأُطيعُهنَّ وهُنَّ في عِصْيَاني ما ذاك إلَّا أنَّ سلطانَ الهوَى … وبِهِ قَوِينَ أعَزُّ مِنْ سُلْطاني وما أورد له صاحبُ "العِقْد" في كتابه (١) : تُبْدِي الصدودَ وتُخْفي الحبَّ عاشقةٌ … فالنفسُ راضيةٌ والطَّرْفُ غَضْبَانُ وذكر ابنُ جرير وغيرُه أنه كان في دارِ الرشيد من الجواري والحظايا وخدَمِهِنَّ وخدَم زوجتِه وأخَوَاتِه أربعةُ آلافِ جارية، وأنَّهنَّ حضَرْنَ يومًا بين يديه، فغنَّتْهُ المطرِباتُ منهنّ، فطَرِبَ جدًّا، وأمَرَ بمالٍ فنُثِر عليهن. وكان مبلَغُ ما حصل لكلِّ واحدةٍ منهن ثلاثةَ آلافِ درهم في ذلك اليوم. رواه ابن عساكر أيضًا (٢) . ورَوَى (٣) أنه اشترى جاريةً من المدينة فأُعجب بِها جدًّا، فأمَرَ بإحضار مواليها ومَنْ يَلُوذُ بها ليقضي حوائجَهم. فقَدِموا عليه بثمانينَ نفسًا، فأمر الحاجبَ -وهو الفضل بن الربيع- أن يتلقَّاهم ويكتبَ حوائجَهم. فكان فيهم رجلٌ، قد أقام بالمدينة لأنه كان يَهْوَى تلك الجارية، فبعثَتْ إليه، فأتى به، فقال له الفضل: ما حاجتك؟ قال: حاجتي أن يُجلِسَني أميرُ المؤمنين مع فلانة، فأشربَ ثلاثةَ أرطالٍ من خمرٍ. وتُغَنِّيني ثلاثةَ أصوات. فقال: أمجنونٌ أنت؟ ! فقال: لا، ولكن اعْرِضْ حاجتي هذه على أميرِ المؤمنين. فذكر للرشيد ذلك، فأمر بإحضارِه، وأنْ تَجلِسَ معه الجاريةُ بحيثُ ينظرُ إليهما ولا يَرَيَانِه. فجلسَتْ على كُرسي، والخُدَّامُ بين يدَيْها، وأُجلس على كُرسي، فشَرِبَ رِطْلًا وقال لها: غَنِّي: خليليَّ عُوجَا بارك اللَّه فيكما … وإنْ لم تكُنْ هندٌ بأرضِكُما قَصْدا
(١) هو ابن عبد رَبِّه في كتابه العقد، وبعضهم يُطلق عليه اسم "العقد الفريد" انظر كشف الظنون (٢/ ١١٤٩). (٢) انظر مختصر تاريخ ابن عساكر لابن منظور (٢٧/ ٣٢، ٣٣). (٣) ابن عساكر، انظر مختصر تاريخه لابن منظور (٢٧/ ٣٤، ٣٥).

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