Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Alors ar-Rachîd demanda un jour à l’un de ses serviteurs : « Qu’as-tu avec toi ? » Celui-ci répondit : « Quatre cents dinars. » Ar-Rachîd dit alors : « Remets-les à ce Bédouin. » Lorsqu’il les reçut, son compagnon lui donna une tape sur l’épaule et récita :

« Tu as été assis auprès de Qa‘qâ‘ ibn ‘Amr…
Et jamais un compagnon de Qa‘qâ‘ ne saurait être malheureux. »

Ar-Rachîd ordonna alors à un autre serviteur de donner à celui qui avait récité le vers la somme d’or qu’il avait sur lui, et l’on s’aperçut qu’il s’agissait de deux cents dinars.

Abû ‘Ubayd dit : l’origine de ce dicton remonte à l’époque où Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân reçut en présent des plateaux en or. Il les distribua à ses compagnons. À ses côtés se trouvait Qa‘qâ‘ ibn ‘Amr ; à côté de Qa‘qâ‘, un Bédouin qui ne reçut rien et en eut honte. Qa‘qâ‘ lui remit alors le plateau qui lui était échu. Le Bédouin se releva en disant :

« Tu as été assis auprès de Qa‘qâ‘ ibn ‘Amr…
Et jamais un compagnon de Qa‘qâ‘ ne saurait être malheureux. »

Un autre jour, ar-Rachîd sortit de chez Zubayda, sa cousine, en riant. On lui demanda : « Pourquoi ris-tu, ô Commandeur des Croyants ? » Il répondit : « Je suis entré aujourd’hui chez cette femme — je veux dire ma femme Zubayda —, j’ai mangé auprès d’elle et je me suis endormi. Je ne me suis réveillé qu’au bruit de l’or qui coulait à flots. J’ai demandé : “Qu’est-ce donc ?” On m’a répondu : “Ce sont trois cent mille dinars qui viennent d’Égypte.” Zubayda a alors dit : “Fais-m’en don, ô mon cousin.” J’ai répondu : “Ils sont à toi.” Mais à peine étais-je sur le point de partir qu’elle s’emporta contre moi en s’exclamant : “Quel bien as-tu fait pour moi ?!” »

Une autre fois, ar-Rachîd dit à al-Mufaddal ad-Dabbî : « Quel est le plus beau vers que l’on ait composé au sujet du loup ? Si tu me le récites, je te donnerai cette bague, dont l’achat a coûté mille six cents dinars. » Il déclama alors :

« Il dort de l’un de ses yeux tout en se prémunissant de l’autre contre les coups du destin ;
Il est à la fois éveillé et endormi. »

Ar-Rachîd s’exclama : « Tu n’as récité cela que pour nous dépouiller de la bague ! » Puis il la lui jeta. Zubayda envoya quelqu’un l’acheter à al-Mufaddal pour mille six cents dinars, puis elle la renvoya à ar-Rachîd en disant : « J’ai remarqué qu’elle te plaisait. » Il rendit néanmoins la bague à al-Mufaddal avec les dinars, en affirmant : « Il ne nous sied pas de faire don d’une chose puis de la reprendre. »

Un jour, ar-Rachîd demanda à al-‘Abbâs ibn al-Ahnaf : « Quel est le vers le plus délicat jamais composé par les Arabes ? » Il répondit : « C’est le vers de Jamil à propos de Buthayna :

“Ah ! si seulement j’étais aveugle et sourd, guidé par Buthayna,
Et nul mot d’elle ne me serait caché…” »

Ar-Rachîd lui rétorqua : « Plus délicat encore est l’un de tes propres vers, qui exprime ce sentiment d’une manière similaire. »

= Le hadith p. 28, attribué à certains vers rimés, dont le texte est : Ô toi qui caches une tristesse, ne t'afflige pas... Si la fièvre t'est destinée, tu seras pris Et même si tu t'élèves très haut sur le sommet... Comment pourrais-tu te détourner alors que la plume est tarie ? (1) Il s'agit du poète préislamique Ḥumayd ibn Thawr al-Hilālī, et le vers est dans son diwan p. 56. (2) Dans (Q) : « Yaqḍān nā'im » (éveillé dormant), tandis que selon la version du diwan : « b’ukhra al-aʿādī » (avec d'autres ennemis). La lecture confirmée est celle de (B, Ḥ).
فقال الرشيدُ لبعض خدَمِه: ما معَك؟ قال: أربعُ مئة دينار. فقال: ادفَعْها إلى هذا الأعرابي. فلما قبضَها ضرَبَ رفيقُهُ بيدِهِ على كتفه وقال متمثلًا: وكنتَ جليسَ قعقاعِ بن عمروٍ … ولا يَشْقَى بقعقاعٍ جليسُ فأمر الرشيدُ بعضَ الخدم أن يُعْطَى المتمثِّلُ ما معه من الذهب، فإذا معه مئتا دينار. قال أبو عُبيد: إن أصلَ هذا المثل، أنَّ معاويةَ بنَ أبي سفيان أُهديَتْ له هديَّة، جاماتٌ من ذهَب، ففرَّقَها على جُلسائه، وإلى جانبِهِ قعقاعُ بن عمرو، وإلى جانبِ القعقاعِ أعرابيٌّ لم يَفْضُلْ له منها شيء، فأطرق الأعرابيُّ حياءً. فدفَعَ إليه القعقاعُ الجامَ الذي حصلَ له، فنهض الأعرابيُّ وهو يقول: وكنتَ جليسَ قعقاعِ بن عمروٍ … ولا يَشْقَى بقعقاعٍ جليسُ وخرج الرشيدُ يومًا من عندِ زُبيدةَ ابنةِ عمِّه وهو يضحك، فقيل له: مِمَّ تضحكُ يا أميرَ المؤمنين؟ فقال: دخلتُ اليومَ إلى هذه المرأة -يعني زوجتَه زُبيدة- فأكلتُ عندَها ونِمت، فما استيقظتُ إلَّا على صوْتِ ذهبٍ يُصَبّ، فقلتُ: ما هذا؟ قالوا: هذه ثلاثُ مئةِ ألفِ دينار قدِمَتْ من مِصر. فقالتْ زُبيدة: هَبْها لي يا ابنَ عَمّ. فقلت: هي لكِ. ثم ما خرَجْتُ حتى عَرْبَدَتْ عليَّ وقالت: أيّ خيرٍ رأيتُه منك؟!. وقال الرشيدُ مرَّةً للمُفَضَّل الضَّبِّيّ: ما أحسَنُ ما قيل في الذئب؟ ولك هذا الخاتم، وشراؤه ألفٌ وست مئِة دينار. فأنشد قولَ الشاعر (١) : ينامُ بإحدَى مُقلتَيْهِ ويَتَّقِي … بأخرى الرَّزَايا فهو يقظانُ هاجِعٌ (٢) فقال: ما قلتَ هذا إلا لتَسْلُبَنا الخاتم. ثم ألْقاهُ إليه، فبعثَتْ زُبيدة فاشترَتْهُ منه بألفٍ وست مئةِ دينار، وبعثَتْ به إلى الرشيد وقالت: إني رأيتُكَ مُعجَبًا به، فرَدَّهُ إلى المفضل والدنانير، وقال: ما كنَّا لِنَهَبَ شيئًا ونرجعَ فيه. وقال الرشيدُ يومًا للعباسِ بن الأحنف: أيُّ بيتٍ قالتِ العَربُ أرقّ؟ فقال: قولُ جميل في بُثَينة: ألا ليتَني أعمَى أصَمُّ تقودُني … بثينَةُ لا يَخْفَى عليَّ كلامُها فقال له الرشيد: أرَقُّ منه قولُكَ في مثلِ هذا:
= الحديث ص (٢٨)، ونسبها إلى بعض الرجاز، ولفظه: يا أيها المضمر همًا لا تهمْ … إنك إنْ تُقْدَرْ لك الحمَّى تُحَمْ ولو علوت شاهقًا من العلَمْ … كيف تَوَليكَ وقد جَفَ القلَمْ (١) هو الشاعر المخضرم حُميد بن ثور الهلالي والبيت في ديوانه ص (٥٦). (٢) في (ق): "يقظان نائم"، ورواية الديوان: "بأخرى الأعادي". والمثبت من (ب، ح).

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