Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Se tenir devant le Tout-Puissant (1) et se retrouver entre le Paradis et l’Enfer, au moment où l’on se voit saisi par l’étouffement (2), où le pied dérape et où le regret domine : nulle repentance n’est alors acceptée, nulle faute n’est excusée et nul rachat par l’argent n’est plus possible. Alors ar-Rachîd se mit à pleurer si fort qu’on l’entendit sangloter à haute voix. Yahyâ ibn Khâlid lui dit : « Ô fils de Sammâk, tu as affligé le Commandeur des Croyants cette nuit. » Ibn Sammâk se leva ensuite et quitta l’assemblée en pleurant.

Al-Fudayl ibn ‘Iyâd s’adressa aussi à ar-Rachîd – dans un long discours lors d’une exhortation à La Mecque – en disant : « Ô toi au visage rayonnant, tu seras interrogé à propos de tous ceux qui sont sous ton autorité. Car Dieu – Exalté soit-Il – a dit : “Et tous les liens entre eux se seront rompus” (Sourate al-Baqara, 2:166). » Puis il poursuivit : « Lays nous a rapporté, d’après Mujâhid, que ces “liens” désignent celles qu’ils entretenaient ici-bas. » Ar-Rachîd se mit alors à pleurer, sanglotant à tel point qu’il en suffoquait.

Al-Fudayl raconta : « Un jour, ar-Rachîd me convoqua, après avoir orné ses palais et entassé viandes, boissons et plaisirs en tout genre. Puis il fit venir Abû l-‘Atâhiyya et lui dit : “Décris-nous la vie faste et réjouissante que nous menons.” Celui-ci récita :

“Vis tant qu’il te plaira de vivre / À l’ombre de hauts palais,
Qu’on te serve tout ce que tu désires / Du soir au matin.
Mais quand les âmes s’entrechoqueront / Dans l’étroitesse du dernier souffle,
C’est alors que tu sauras, avec certitude, / Que tu n’étais qu’en illusion.” (3)

Ar-Rachîd pleura longuement et intensément. Al-Fadl ibn Yahyâ lui dit alors : “Le Commandeur des Croyants t’a fait venir pour le réjouir, et voilà que tu le rends triste !” Mais ar-Rachîd répondit : “Laisse-le, car il nous a vus plongés dans l’aveuglement et a refusé d’y ajouter.” D’après une autre version, ar-Rachîd dit à Abû l-‘Atâhiyya : “Exhorte-moi par quelques vers concis.” Et celui-ci récita :

“Ne te crois pas à l’abri de la mort / Même en un seul battement de cil,
Quand bien même tu serais protégé / Par des remparts et des gardes.
Sache que les flèches de la mort / Touchent toute cible,
Fût-elle revêtue d’une cuirasse / Ou protégée par un bouclier.
Comment espères-tu être sauvé / Sans emprunter la voie du salut ?
Sache qu’aucun navire ne saurait voguer / Sur la terre ferme !” (4)

Ar-Rachîd en fut bouleversé au point de s’évanouir. Il arriva aussi qu’ar-Rachîd emprisonnât Abû l-‘Atâhiyya, plaçant des espions pour rapporter ses propos. Un jour, celui-ci écrivit sur le mur de sa prison

(1) Dans (Q) : « Avant la main de Dieu – Exalté soit-Il – », et confirmé par (B, H). (2) Al-Kaẓm : l’organe d’expiration. On dit : untel « m’a kaẓama » et « il a pris par mon kaẓm ». Prendre par son kaẓm signifie par sa gorge ; on dit aussi : « j’ai pris par son kaẓm », c’est-à-dire par son organe d’expiration. Le pluriel est kiẓām. Dans le ḥadīth : « Peut-être que Dieu arrangera l’affaire de cette communauté sans que l’on saisisse ses kiẓām », – c’est le pluriel de kaẓm, avec déplacement vocalique –, qui désigne l’organe d’expiration au niveau de la gorge. Voir Lisan al-ʿArab (s.v. kaẓm). (3) Les vers se trouvent dans le dīwān d’Abū al-ʿAtāhiya, p. 163. (4) Les vers se trouvent dans le dīwān d’Abū al-ʿAtāhiya, p. 230.
المقامَ بين يدي الجبَّار (١) ، والوقوفَ بين الجنةِ والنار، حين يُؤخَذُ بالكَظَم (٢) ، وتَزِلُّ القدَم، ويَقَعُ النَّدَم؛ فلا توبةٌ تُقبل، ولا عَثْرَةٌ تُقال، ولا يُقبل فداءٌ بمال. فجعل الرشيدُ يبكي حتى عَلا صوتُه. فقال يحيى بن خالد له: يا بنَ السمَّاك، لقد شقَقْتَ على أميرِ المؤمنين الليلة. فقام فخرج من عندِه وهو يبكي. وقال له الفُضيل بن عِياض -في كلامٍ كثير ليلةَ وعظِه بمكة-: يا صَبيحَ الوَجْه، إنك مسؤول عن هؤلاء كلِّهم؛ وقد قال تعالى: ﴿وَتَقَطَّعَتْ بِهِمُ الأْسْبَابُ﴾ [البقرة: ١٦٦] . قال: حدَّثنا ليث، عن مجاهد، قال: الوصلات التي كانت بينهم في الدنيا. فبكى حتى جعل يَشْهَق. وقال الفُضَيل: استدعاني الرشيدُ يومًا وقد زخرَفَ منازلَه، وأكثرَ الطعامَ والشرابَ واللذاتِ فيها، ثم استدعَى أبا العتاهيةِ فقال له: صِفْ لنا ما نحنُ فيهِ من العيشِ والنَّعيم. فقال: عِشْ ما بَدَا لك سالِمًا … في ظلِّ شاهقةِ القُصُورِ تَسْعَى عليك بما اشتهَيْـ … ــتَ لَدَى الرواحِ إلى البُكُورِ فإذا النفوسُ تقَعْقَعَتْ … عن ضيقِ حَشْرَجَةِ الصُّدُورِ فهناكَ تعلَمُ مُوقنًا … ما كنتَ إلَّا في غُرورِ (٣) قال: فبكى الرشيدُ بكاءً كثيرًا شديدًا. فقال له الفضلُ بن يحيى: دعاكَ أميرُ المؤمنين لِتَسُرَّهُ فأحزَنْتَهُ! فقال له الرشيد: دَعْهُ، فإنَّهُ رآنا في عَمَى. فكره أن يزيدَنا عَمى. ومن وجهٍ آخر، أنَّ الرشيد قال لأبي العتاهية: عِظْني بأبياتٍ من الشعرِ وأوجِزْ. فقال: لا تأمَنِ الموتَ في طَرْفٍ ولا نَفَسِ … ولو تَمنَّعْتَ بالحُجَّابِ والحَرَسِ واعلَمْ بأنَّ سهامَ الموتِ صائبةٌ … لكلِّ مُدَّرعٍ منها ومُتَّرِسِ تَرْجو النجاةَ ولم تَسْلُكَ مسالِكَها … إنَّ السفينةَ لا تَجْري على اليَبَسِ (٤) قال: فخرَّ الرشيدُ مَغْشيًّا عليه. وقد حَبَسَ الرشيدُ مرَّة أبا العَتاهية، وأرصَدَ عليه منْ يأتيهِ بما يقول: فكتبَ مرَّةً على جدارِ الحبس:
(١) في (ق): "بين يدي اللَّه ﷿ "، والمثبت من (ب، ح). (٢) الكَظَم: مَخْرِج النفَس. يقال: كَظَمني فلان وأخذ بكَظمي. وأخذ بكَظَمه أي بحَلْقِه؛ ويقال: أخذت بكَظَمه: أي بمَخْرَج نَفسه، والجمع كِظام. وفي الحديث: لعلَّ اللَّه يصلح أمر هذه الأمة ولا يؤخذ بأكْظامها؛ هي جمع كَظَم، بالتحريك، وهو مخرج النفَس من الحلق. لسان العرب (كظم). (٣) الأبيات في ديوان أبي العتاهية ص (١٦٣). (٤) الأبيات في ديوان أبي العتاهية ص (٢٣٠).

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