Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

J’ai mangé chez lui un jour, puis je me suis levé pour me laver les mains. Il a alors versé de l’eau sur mes mains sans que je le voie. Puis il a dit : « Ô Abou Maʿawiya, sais-tu qui déverse cette eau sur toi ?» Je répondis : « Non. » Il répliqua : « C’est le Commandeur des croyants. » Abou Maʿawiya raconta : « Je fis alors des invocations en sa faveur. » Il poursuivit : « Je voulais seulement rendre hommage au savoir. »

Un autre jour, Abou Maʿawiya lui transmit un hadith rapporté par l’Aʿmach, d’après Abou Ṣāliḥ, d’après Abou Hurayra, à propos de la controverse entre Adam et Moïse. L’oncle du calife Ar-Rachid interrogea : « Où donc se sont-ils rencontrés, ô Abou Maʿawiya ?» Cette question irrita Ar-Rachid qui s’emporta au point de dire : « Oserais-tu contester le hadith ? Apportez-moi le tapis d’exécution (an-niṭʿ) et l’épée !» On les fit aussitôt venir. Les gens autour de lui se levèrent pour intercéder en faveur de l’oncle. Ar-Rachid déclara : « C’est là un acte d’hérésie (zandaqa). » Il ordonna alors de l’emprisonner et jura qu’il ne le libérerait pas tant qu’il ne dirait pas qui lui avait soufflé cette parole. Son oncle jura solennellement qu’il n’avait reçu ce propos de personne, que ces mots avaient simplement jailli de lui par inadvertance et qu’il demandait pardon à Dieu et se repentait. Ar-Rachid le relâcha aussitôt.

Quelqu’un raconta : « Je suis entré auprès d’Ar-Rachid, et un homme décapité gisait devant lui, tandis que le bourreau essuyait son épée sur la nuque du supplicié. Ar-Rachid déclara : “Je l’ai tué parce qu’il proclamait que le Coran est créé. Je l’ai exécuté pour me rapprocher de Dieu.” »

Certains savants dirent alors : « Ô Commandeur des croyants, considère ceux qui aiment Abou Bakr et ʿOmar, et qui les placent en premier. Honore-les par la puissance de ton autorité. » Ar-Rachid répondit : « Ne suis-je pas ainsi ? Par Dieu, je le suis. Je les aime et j’aime ceux qui les aiment, et je sanctionne ceux qui les détestent. »

Ibn as-Sammāk lui dit : « Ô Commandeur des croyants, Dieu n’a mis personne ici au-dessus de toi ; il convient donc qu’aucun ne soit plus obéissant à Dieu que toi. » Ar-Rachid répondit : « Bien que tu aies été bref, tu as prodigué une exhortation éloquente. » On rapporte aussi que Fudayl ibn ʿIyād (ou un autre) lui adressa ces mots : « Dieu n’a placé personne de ces gens plus haut que toi dans ce bas monde. Efforce-toi donc de leur être supérieur dans l’au-delà ; travaille sur toi-même et agis dans l’obéissance à ton Seigneur. »

Un jour, Ibn as-Sammāk se trouvait de nouveau auprès d’Ar-Rachid qui demanda à boire. On lui apporta alors un récipient d’eau bien fraîche, et Ar-Rachid dit à Ibn as-Sammāk : « Exhorte-moi. » Celui-ci répondit : « Ô Commandeur des croyants, à quel prix achèterais-tu cette gorgée d’eau si elle t’était refusée ? » Ar-Rachid répondit : « À la moitié de mon royaume. » Ibn as-Sammāk répliqua : « Eh bien, bois donc en toute quiétude. » Lorsqu’il eut fini, il ajouta : « Et si tu ne pouvais plus l’évacuer de ton corps, à quel prix paierais-tu pour y parvenir ? » Ar-Rachid déclara : « À l’autre moitié de mon royaume. » Ibn as-Sammāk conclut : « Un royaume dont la valeur de la moitié est une gorgée d’eau, et l’autre moitié, une simple miction, ne mérite vraiment pas qu’on s’y attache. » Et Ar-Rachid se mit à pleurer.

Ibn Qutayba rapporta : « Ar-Riyāshī nous a transmis, ayant lui-même entendu Al-Aṣmaʿī dire : “Je suis entré auprès d’Ar-Rachid, lequel se coupait les ongles un vendredi. Je l’interrogeai sur ce point. Il me répondit : ‘Se couper les ongles le jeudi fait partie de la Sunna. Et il m’est parvenu que le faire un vendredi éloigne la pauvreté.’ Je lui dis : ‘Ô Commandeur des croyants, craindrais-tu donc la pauvreté ?’ Il répondit : ‘Ô Aṣmaʿī, qui donc la craindrait plus que moi ?’” »

(1) Dans (Q) : « Fâjtaḥid », et la forme attestée dans (B, Ḥ).
الثَّرَى؛ وأكلتُ عنده يومًا ثم قمتُ لأغسلَ يدي، فصبَّ الماء عليَّ وأنا لا أراه. ثم قال: يا أبا معاوية، أتدري منْ يصبُّ عليك الماء؟ قلت: لا. قال: يصبُّ عليك أميرُ المؤمنين. قال أبو معاوية: فدعَوْتُ له، فقال: إنما أردتُ تعظيمَ العِلْم. وحدَّثه أبو معاويةَ يومًا عن الأعمش، عن أبي صالح، عن أبي هريرةَ بحديثِ احتجاجِ آدَمَ وموسى، فقال عمُّ الرشيد: أين التقَيَا يا أبا معاوية؟ فغَضِب الرشيدُ من ذلك غضبًا شديدًا وقال: أتعترضُ على الحديث؟ عليَّ بالنِّطْعِ والسيف. فأُحضر ذلك، فقام الناسُ إليه يشفعونَ فيه، فقال الرشيد: هذه زَنْدَقة. ثم أمَرَ بسَجْنِه، وأقسم أنْ لا يَخرُجَ حتى يُخبرني من ألقى إليه هذا. فأقسم عمُّه بالأيمانِ المغلَّظةِ ما قال هذا له أحد، وإنما كانتْ هذه الكلمة بادرةً منِّي، وأنا أستغفرُ اللَّه وأتوبُ إليه منها. فأطلقه. وقال بعضُهم: دخلتُ على الرشيد وبين يديه رجلٌ مَضروبُ العُنق، والسيَّافُ يمسَحُ سيفَهُ في قَفَا الرجل المقتول؛ فقال الرشيد: قتلتُهُ لأنه قال القرآنُ مخلوق. فقتلَه على ذلك قُربةً إلى اللَّه – Exalté soit-Il – . وقال بعضُ أهلِ العلم: يا أميرَ المؤمنين، انظُرْ هؤلاء الذين يُحبُّون أبا بكرٍ وعمر ويقدِّمونَهما، فأكرِمْهُم بعزِّ سُلطانك. فقال الرشيد: أو لستُ كذلك؟ أنا واللَّه كذلك. أُحبُّهما وأُحبُّ مَنْ يُحبُّهما، وأُعاقبُ مَنْ يُبغِضُهما. وقال له ابنُ السمَّاك: يا أميرَ المؤمنين، إنَّ اللَّه لم يجعلْ أحدًا من هؤلاءَ فوقَك، فينبغي (١) أن لا يكونَ فيهم أحدٌ أطوَعَ إلى اللَّه منك. فقال: لئن كنتَ أقصرتَ في الكلام لقد أبلَغْتَ في الموعظة. وقال له الفُضيل بن عِياض -أو غيره-: إن اللَّه لم يجعَلْ أحدًا من هؤلاء فوقَك في الدُّنيا، فاجهِدْ نفسَك أنْ لا يكونَ أحدٌ منهم فوقَك في الآخرة؛ فاكدَحْ لنفسِك، وأعمِلْها في طاعةِ ربِّك. ودخل عليه ابنُ السمَّاك يومًا فاستسقى الرشيدُ، فأُتي بِقُلَّةٍ فيها ماءٌ مُبَرَّد، فقال لابنِ السمَّاك: عِظْني. فقال: يا أمير المؤمنين، بِكَم كنتَ مشتريًا هذه الشَّرْبَةَ لو مُنعتَها؟ فقال: بنِصْفِ مُلْكي. فقال: اشرَبْ هنيئًا. فلما شرب قال: أرأيتَ لو مُنعتَ خُروجَها من بدَنِك، بكَمْ كنتَ تشتري ذلك؟ قال: بنصف مُلْكي الآخَر. فقال: إنَّ مُلْكًا قيمةُ نصفِهِ شَرْبةُ ماء، وقيمةُ نصفِهِ الآخَرِ بَوْلة، لخَليقٌ أنْ لا يُتَنافس فيه. فبكى هارون. وقال ابنُ قُتيبة: حدَّثنا الرَّيَاشي، سمعتُ الأصمعيَّ يقول: دخلتُ على الرشيد وهو يُقَلِّمُ أظفارَهُ يومَ الجمعة، فقلتُ له في ذلك، فقال: أخْذُ الأظفارِ يومَ الخميسِ من السُّنَّة، وبلَغَني أن أخْذَها يوم الجمعةِ يَنْفي الفقر. فقلت: يا أميرَ المؤمنين، أوَ تَخْشَى الفقر؟ فقال: يا أصمعى، وهل أحدٌ أخْشَى للفقرِ منِّي؟.
(١) في (ق): "فاجتهدْ"، والمثبت من (ب، ح).

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