Haroun ar-Rachid (1), Commandeur des Croyants, fils d’Al-Mahdi Muhammad ibn Al-Mansour Abou Ja‘far ‘Abd Allah ibn Muhammad ibn ‘Ali ibn ‘Abd Allah ibn Al-‘Abbâs ibn ‘Abd Al-Muttalib, de Quraysh, branche hachémite, surnommé Abou Muhammad, et parfois Abou Ja‘far. Sa mère était Al-Khayzourân, « Umm Walad ». Il naquit au mois de Shawwâl de l’an 6 — certains disent de l’an 7, ou 148 de l’Hégire, d’autres encore de l’an 50 et 100. Il reçut l’allégeance pour le califat après la mort de son frère Mûsâ Al-Hâdî, au mois de Rabî‘ Al-Awwal de l’an 170, conformément à la disposition de son père Al-Mahdî.
Il rapporta le hadith de son père et de son grand-père, et il transmit également de Al-Mubârak ibn Fadâlah, d’après Al-Hasan, d’après Anas ibn Mâlik, que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit :
« Protégez-vous du Feu, fût-ce en donnant la moitié d’une datte » (2).
Il le cita alors qu’il prêchait depuis sa chaire. Son fils transmit également de lui, tout comme Sulaymân Al-Hâshimi, père d’Isḥâq, et Nubâtah ibn ‘Amr.
Ar-Rachid avait la peau claire, il était grand et d’une belle prestance. Il participa à plusieurs campagnes pendant la vie de son père Al-Mahdî, et il conclut une trêve entre les musulmans et les Romains après avoir assiégé Constantinople ; les musulmans subirent alors de grandes épreuves et furent saisis d’une forte crainte. Un accord de paix fut finalement conclu avec l’épouse de Léon, surnommée A‘ṭishah (3), prévoyant le versement annuel d’une conséquente contribution aux musulmans, ce qui les réjouit. C’est alors que son père décida de le designer comme successeur après son frère, en l’an 166. Puis, lorsque le califat lui revint en l’an 170, il se distingua par une conduite exemplaire, menant de nombreuses campagnes et accomplissant fréquemment le pèlerinage ; c’est pourquoi Abou As-Sa‘li a dit de lui :
« Quiconque cherche à te rencontrer ou le désire… te trouvera aux Deux Lieux Saints ou aux confins des frontières.
Car te voilà, en contrée ennemie, sur une modeste monture… et, dans la terre du Baniyyah (4), vêtu d’étoffe sur ton coursier.
Nul autre que toi n’a détenu les frontières… parmi ceux qui s’étaient soustraits aux responsabilités. »
Il faisait chaque jour l’aumône de mille dirhams pris sur ses biens propres. Lorsqu’il se rendait en pèlerinage, il y emmenait cent jurisconsultes (fuqahâ’) et leurs enfants ; quand il ne s’y rendait pas, il en dépêchait trois cents en prenant soin de leur fournir des moyens de subsistance suffisants et un équipement complet. Il aimait à s’identifier à son aïeul Abou Ja‘far.