‘Îsâ ibn Ja‘far ibn Abî Ja‘far al-Manṣūr, frère de Zubayda, fut gouverneur de Baṣra à l’époque d’al-Rašîd et mourut au cours de cette même année.
[Au cours de cette année également,] al-Faḍl ibn Yaḥyâ (1) ibn Khâlid ibn Barmak, frère de Ja‘far et de ses autres frères, s’éteignit. Il avait grandi en étant nourri au sein avec al-Rašîd : al-Ḫayzurân avait allaité al-Faḍl, tandis que la mère d’al-Faḍl – à savoir Zubayda bint Munayn ibn Buwayh (2) – avait allaité Hârûn al-Rašîd. Cette Zubayda était née et avait grandi à Médine (3). À ce propos, un poète a dit (4) :
« Il te suffit pour honneur qu’une femme libre de la plus haute vertu
T’ait nourri de son sein tandis que le calife partageait ton rang.
Tu as embelli la réputation de Yaḥyâ en toutes circonstances,
Comme Yaḥyâ avait embelli celle de Khâlid en maints endroits. »
On raconte qu’al-Faḍl était plus généreux que son frère Ja‘far, mais qu’il était d’un orgueil excessif et toujours renfrogné ; alors que son frère Ja‘far, plus avenant et souriant, se montrait cependant moins prodigue. Les gens penchaient cependant davantage pour Ja‘far, mais le trait de la générosité occulte toute imperfection, si bien qu’elle voilait cette faiblesse chez al-Faḍl. On rapporte qu’al-Faḍl offrit un jour cent mille dirhams à son cuisinier. Son père le blâma, et il répondit : « Ô mon père, cet homme m’a accompagné aussi bien dans l’aisance que dans l’adversité, partageant avec moi une existence rude et continuant à bien me servir. » Un poète a d’ailleurs exprimé (5) :
« En effet, lorsque les nobles prospèrent, ils n’oublient pas
Ceux qui venaient à eux lorsque la vie était âpre. »
Par ailleurs, il offrit un jour dix mille dinars à un homme de lettres, qui se mit à pleurer. Al-Faḍl lui dit : « Pourquoi pleures-tu ? Te semble-t-il que c’est trop peu ? » Il répondit : « Non, par Dieu, mais je pleure de penser que la terre puisse un jour engloutir quelqu’un comme toi ou te garder enfoui en elle. »
‘Alî ibn al-Jahm rapporte de son père : « Un matin, je me retrouvai sans aucun bien, pas même de quoi nourrir ma monture. Je me rendis alors auprès d’al-Faḍl ibn Yaḥyâ. Or, il revenait de la demeure du calife au milieu d’un cortège nombreux. Lorsqu’il m’aperçut, il me salua chaleureusement et dit :… »