‘Alî ibn Zabyân (1), Abû al-Hasan al-‘Absî, fut le juge (qâdî) du quartier oriental de Bagdad. Ar-Rachîd (Hârûn ar-Rachîd) le nomma à cette fonction : il était digne de confiance, savant, et comptait parmi les disciples d’Abû Hanîfa. Par la suite, ar-Rachîd le désigna pour exercer la fonction de juge des juges (qâdî al-qudât). On rapporte qu’ar-Rachîd l’accompagnait lorsqu’il sortait de son audience. Il mourut à Qarmîsîn cette même année (2).
Al-‘Abbâs ibn al-Ahnaf (3) ibn al-Aswad ibn Talha, le célèbre poète, était originaire des Arabes du Khurâsân. Il grandit à Bagdad. De nature délicate, plein d’esprit et apprécié, il composait d’excellents poèmes.
Abû al-‘Abbâs a rapporté que ‘Abd Allâh ibn al-Mu‘tazz disait : « Si l’on me demandait : “Qui, de tous ceux que tu connais, compose la plus belle poésie ?”, je répondrais : “Al-‘Abbâs.” »
Le poète dit :
« Les gens ont laissé traîner les pans du soupçon à notre encontre,
et leurs propos sur nous se sont divisés en maintes opinions.
Ainsi un menteur vous impute par conjecture ce qui n’est pas le vôtre,
et un homme véridique ignore lui-même qu’il dit la vérité. » (4)
Une nuit, ar-Rachîd le fit mander au milieu de la nuit. Al-‘Abbâs en fut troublé et ses femmes dans la crainte. Lorsqu’il se présenta devant le calife, celui-ci lui dit : « Malheur à toi ! Une strophe m’est venue à propos d’une de mes jeunes esclaves, et j’ai souhaité qu’elle soit complétée par un vers de ta part. » Al-‘Abbâs lui répondit : « Ô Commandeur des croyants, jamais je n’ai ressenti de peur plus grande que cette nuit. » Ar-Rachîd demanda : « Pourquoi donc ? » Il lui raconta alors l’arrivée des gardes chez lui au cœur de la nuit. Il prit ensuite place jusqu’à ce que sa frayeur s’apaisât, puis il dit : « Qu’as-tu donc composé, ô Commandeur des croyants ? »
Ar-Rachîd récita : « Hanan, nous l’avons vue… jamais nous n’avons vu pareille créature. »
Al-‘Abbâs poursuivit alors : « Son visage gagne encore en beauté… au fur et à mesure que se prolonge ton regard. »