Abd Allâh ibn Idrîs al-Awdî al-Kûfî (1) entendit les transmissions de l’A‘mash, d’Ibn Jurayj, de Shu‘bah, de Mâlik et de nombreux autres. Des groupes d’imams transmirent de lui. Ar-Rachîd le convoqua pour lui confier la fonction de juge, mais il répondit : « Je ne suis pas apte », et refusa catégoriquement. Ar-Rachîd avait auparavant sollicité Wakî‘, qui s’y était également refusé. Il se tourna ensuite vers Hafs ibn Ghiyâth, lequel accepta. Il offrit à chacun d’eux cinq mille (pièces) en compensation des frais engagés lors du voyage, mais Wakî‘ et Ibn Idrîs refusèrent, tandis que Hafs accepta. Ibn Idrîs jura alors de ne plus jamais lui adresser la parole.
Ar-Rachîd accomplit le pèlerinage certaines années et, passant par Kûfa, il était accompagné du juge Abû Yûsuf, d’al-Amîn et d’al-Ma’mûn. Il ordonna à ce que les maîtres du hadith se réunissent pour instruire ses deux fils, et tous se présentèrent à l’exception d’Ibn Idrîs et de ‘Îsâ ibn Yûnus. Une fois al-Amîn et al-Ma’mûn parvenus au terme de leur audition auprès de ceux qui avaient répondu à l’appel, ils se rendirent chez Ibn Idrîs, qui leur transmit cent hadiths. Al-Ma’mûn lui dit : « Ô oncle, si tu le souhaites, je te les répéterai de mémoire. » Il l’y autorisa, et al-Ma’mûn les récita exactement tels qu’il les avait entendus, ce qui éveilla son admiration pour sa capacité de mémorisation. Puis al-Ma’mûn voulut lui accorder une somme d’argent, mais Ibn Idrîs n’accepta rien. Ils allèrent ensuite chez ‘Îsâ ibn Yûnus, dont ils entendirent également des hadiths. Al-Ma’mûn voulut lui offrir dix mille (pièces), mais il refusa ; pensant d’abord que cette somme lui semblait trop peu élevée, il l’augmenta, mais ‘Îsâ ibn Yûnus déclara : « Par Dieu, quand bien même tu remplirais la mosquée d’or jusqu’au toit, je n’accepterais rien en échange de la transmission du hadith du Messager de Dieu (ﷺ) ! »
Lorsque Ibn Idrîs se trouva à l’agonie, sa fille se mit à pleurer. Il lui dit : « Pourquoi pleures-tu ? J’ai achevé dans cette maison quatre mille lectures (du Coran). »
Quant à Sa‘sa‘ah ibn Salâm (2) – certains disent Ibn ‘Abd Allâh –, Abû ‘Abd Allâh de Damas, il émigra plus tard en al-Andalus et s’y établit à l’époque de ‘Abd ar-Rahmân ibn Mu‘âwiyah (3) et de son fils Hâshim. Il fut le premier à y introduire la science du hadith ainsi que l’école d’al-Awzâ‘î (4). Il fut nommé à la fonction de prière (imâm) à Cordoue. À son époque, on planta des arbres dans la grande mosquée, suivant l’avis d’al-Awzâ‘î et des savants du Shâm, une pratique que réprouvaient Mâlik et ses disciples. Il transmit des hadiths de Mâlik, d’al-Awzâ‘î et de Sa‘îd ibn ‘Abd al-‘Azîz, et plusieurs personnes rapportèrent de lui, parmi lesquelles le juriste ‘Abd al-Malik ibn Habîb, qui le mentionne dans son ouvrage « al-Fuqahâ’ ». Ibn Yûnus parle également de lui dans son « Târîkh » (Histoire) d’Égypte, tout comme al-Humaydî dans son Histoire de l’Andalus. Ce dernier affirme qu’il est décédé cette même année. Al-Humaydî rapporte aussi, d’après son maître Ibn Hazm, que Sa‘sa‘ah fut le premier à avoir introduit l’école d’al-Awzâ‘î en al-Andalus.
Ibn Yûnus ajoute qu’il fut le premier à y introduire la science du hadith et mentionne qu’il mourut aux environs de l’an 180 de l’Hégire. Quant à ce qu’a précisément établi al-Humaydî pour cette date, c’est ce qu’il y a de plus solide comme information.