Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Lorsque la nuit funeste approche pour l’amoureux, nous nous affligeons, tandis qu’eux s’en réjouissent lorsqu’elle survient.
Si seulement ils devaient endurer ce que nous endurons, ils resteraient alités comme nous.

Il (rapporte) : « Je lui ai demandé de reprendre cet air et je lui ai donné les trois dirhams. Elle m’a alors dit : “Tu recevras à la place mille dinars, puis mille dinars, et encore mille dinars.” En une seule nuit, ar-Rachîd me remit donc trois mille dinars pour ce morceau. »

[Et cette année-là, mourut]
Bakr ibn an-Nattâḥ Abû Wâ’il al-Ḥanafî (1), poète célèbre, établi à Bagdad à l’époque d’ar-Rachîd, et qui fréquentait Abû l-ʿAtâhiyah.
Abû Haffân (2) a dit : « Parmi les poètes “modernes” de la tradition de la justice, quatre sont les plus talentueux ; le premier d’entre eux est Bakr ibn an-Nattâḥ. »

Selon al-Mubarrid : « J’ai entendu al-Ḥasan ibn Rajâ’ dire : “Un groupe de poètes se réunit, parmi lesquels se trouvait Bakr ibn an-Nattâḥ ; ils se récitèrent mutuellement leurs vers. Lorsqu’ils eurent achevé leurs longs poèmes, Bakr ibn an-Nattâḥ récita de sa propre composition :

Qu’est-ce que cela lui aurait coûté de m’écrire un mot d’indulgence, quitte à ce que la paupière s’assèche ou se ferme !
Une intercession est vouée au rejet auprès d’elle, pour un amant qui souhaiterait déjà sa fin.
Ô mon âme, patiente ; sache que ce que nous espérons d’elle est semblable à ce qui a passé.
Les paupières ne s’affligent du meurtre de son regard que pour en souffrir davantage.”

On raconte alors qu’ils se précipitèrent pour lui embrasser la tête (3).

Lorsqu’il mourut, Abû l-ʿAtâhiyah le pleura ainsi :
« Bakr ibn Nattâḥ Abû Wâ’il est mort
Et c’est le poème qui déjà s’éloigne (4). »

Cette même année, mourut Buhlûl, le « fou », qui avait coutume de se rendre aux cimetières de Kûfa et qui prononçait de belles paroles. Il avait admonesté ar-Rachîd, ainsi que d’autres, comme il a été mentionné (5).

(1) Sa biographie se trouve dans « Al-Aghānī » d'Abū al-Faraj al-Asfahānī (19/113), dans le « Fihrist » (232), dans « Tārīkh Baghdād » (7/91), et dans « al-Muntaẓam » d'Ibn al-Jawzī (9/201). (2) Dans (Q) : Abū ʿAfān, une erreur de lecture corrigée et confirmée par (B, H) et les sources de la biographie d'Abū Hafān. (3) Le récit et le poème sont dans « Tārīkh Baghdād » (7/91). (4) De même dans « al-Uṣūl », et le vers dans le dīwān d'Abū al-ʿAtāhiyya, p. 105, sa version : « qad mātā », c’est un vers isolé mentionné parmi les qawāfī (poèmes en rimes similaires) qu’il a transmis sur la lettre tāʼ. (5) Voir p. 477 de ce volume.
إذا ما دنا الليلُ المُضِرُّ بذي الهوَى … جَزِعْنا وهم يَستبشرون إذا دَنَا فلو أنَّهم كانوا يُلاقُونَ مثلَ ما … نُلاقي لكانوا في المضاجِعِ مِثْلَنا قال: فاستعدتُهُ منها وأعطيتُها الدراهمَ الثلاثة، فقالت: لتأخُذَنَّ بدَلَها ألفَ دينار، وألفَ دينار، وألفَ دينار. فأعطاني الرشيدُ ثلاثَة آلافِ دينارٍ في ليلةٍ على ذلك الصوت. [وفيها توفي] بكر بن النَّطَّاح أبو وائل الحَنَفِي (١) : الشاعر المشهور، نزل بغداد في زمنِ الرشيد، وكان يخالطُ أبا العتاهية. قال أبو هَفَّان (٢) : أشعَرُ أهلِ العَدْل من المحدَثين أربعة: أوَّلُهم بكر بن النَّطَّاح. وقال المبرِّد: سمعتُ الحسنَ بن رجاء يقول: اجتمع جماعةٌ من الشعراء ومعهم بكرُ بن النطَّاح يتناشدون؛ فلما فرَغوا من طُوَالِهم أنشد بكر بن النَّطاح لنفسه: ما ضرَّها لو كتبَتْ بالرِّضا … فجفَّ جَفْنُ العينِ أو أُغمضا شفاعةٌ مردودةٌ عندَها … في عاشقٍ يَوَدُّ لو قد قَضَى يا نفسُ صبرًا واعلمي أنَّ ما … نأمَلُ منها مثلَما قد مَضَى لم تمرضِ الأجفانُ من قاتلٍ … بلحظهِ إلَّا لأنْ أمْرَضَا قال: فابتدروهُ يُقبِّلون رأسَه (٣) . ولما مات رثاهُ أبو العتاهية فقال: ماتَ ابنُ نطَّاحٍ أبو وائلٍ … بَكْرٌ وأمسى الشعرُ قد بانا (٤) وفيها تُوفي: بُهلول المجنون، كان يأتي إلى مقابرِ الكوفة، وكان يتكلَّمُ بكلماتٍ حسَنة. وقد وعَظ الرشيد وغيرَهُ كما تقدَّم (٥) .
(١) ترجمته في الأغاني لأبي الفرج الأصفهاني (١٩/ ١١٣)، الفهرست (٢٣٢)، تاريخ بغداد (٧/ ٩١)، المنتظم لابن الجوزي (٩/ ٢٠١). (٢) في (ق): أبو عفان، تصحيف والمثبت من (ب، ح) ومصادر ترجمة أبي هفان. (٣) الخبر والشعر في تاريخ بغداد (٧/ ٩١). (٤) كذا في الأصول، والبيت في ديوان أبي العتاهية ص (١٠٥)، وروايته: "قد ماتا"، وهو بيت مفرد مذكورٌ مع القوافي التي رَويُّها على حرف التاء. (٥) انظر ص (٤٧٧) من هذا الجزء.

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