Dans cette même année, Maʿmar ar-Raqqī s’éteignit.
[Puis arriva l’an 192]
Cette année-là, Harthama ibn Aʿyan entra au Khorasan en qualité de gouverneur. Il s’empara de ʿAlī ibn ʿĪsā, confisqua ses biens et ses ressources, le fit monter sur un chameau en lui faisant tourner le visage vers la queue de l’animal, et le fit conspuer dans les provinces du Khorasan. Il écrivit ensuite à ar-Rachīd pour l’en informer, et celui-ci le félicita de son action. Puis Harthama lui envoya ʿAlī ibn ʿĪsā, qui fut emprisonné dans la demeure même du calife, à Bagdad.
Au cours de cette année, ar-Rachīd nomma Thābit ibn Naṣr ibn Mālik comme gouverneur des frontières (thughūr). Thābit pénétra en terre byzantine et conquit Maṭmūr (1). Durant cette même période, la paix fut conclue entre les musulmans et les Byzantins par l’entremise de Thābit ibn Naṣr.
Cette année-là, les Khurramiyya se révoltèrent dans la région du Ǧabal et en Azerbaïdjan ; ar-Rachīd leur envoya ʿAbd Allāh ibn Mālik ibn al-Haytham al-Khuzāʿī à la tête de dix mille cavaliers. Celui-ci en tua un grand nombre, fit des prisonniers et réduisit en esclavage leurs familles. Il les amena à Bagdad, où ar-Rachīd ordonna de mettre à mort les hommes et de vendre leur descendance. Auparavant, Khuzayma ibn Khāzim les avait déjà combattus.
Au mois de Rabīʿ al-Awwal de la même année, ar-Rachīd quitta ar-Raqqa en direction de Bagdad, par voie fluviale, tout en laissant son fils al-Qāsim comme substitut à ar-Raqqa, accompagné de Khuzayma ibn Khāzim. L’intention d’ar-Rachīd était de se rendre au Khorasan afin de combattre Rāfiʿ ibn Layth, qui venait de faire sécession et de s’emparer de vastes territoires, notamment aux environs de Samarcande. Puis, au mois de Shaʿbān, ar-Rachīd prit effectivement la route du Khorasan. Il laissa son fils Muḥammad al-Amīn gouverner Bagdad. Al-Maʾmūn supplia son père de le laisser partir avec lui, de crainte de la perfidie de son frère al-Amīn, et ar-Rachīd l’y autorisa. En chemin, ar-Rachīd confia à l’un de ses émirs qu’il souffrait de la froideur de ses trois fils, chacun d’entre eux désigné comme son héritier, et qu’il craignait leur attente de sa disparition. Il lui montra alors son mal physique et dit : « Chacun d’eux a auprès de moi un espion qui compte mes jours et souhaite la fin de mes jours, ce qui en vérité serait un mal pour eux, s’ils le savaient. » L’émir invoqua alors la bénédiction divine en sa faveur, avant qu’ar-Rachīd ne lui ordonne de retourner à sa charge et ne le congédie. Ce fut la dernière entrevue qu’ils eurent.
Cette même année, Tharwān al-Ḥarūrī se souleva et tua le gouverneur du sultan dans les environs de Ṭaff al-Baṣra (2).